Le fort de Podor, qui marquera pour toujours la turbulente histoire du Fouta-Toro, terre de refus, a été créé en 1744 par Pierre Barthélemy David, ancien gouverneur de la « Concession du Sénégal » pour le compte de la Compagnie des Indes.  Il est aujourd’hui un musée du ministère de la Culture.

 Le Fort de Podor avait un double objectif :

  • stopper l’invasion des Maures lancés dans le commerce des esclaves.
  • assurer la sécurité des colons et des habitants de la contrée. 

Le fort qui, au départ, avait la vocation d’être le plus haut rempart du plus grand grenier de la concession du Sénégal, deviendra, à la faveur du succès de l’expédition pour la reprise de Podor et de sa garnison, un véritable centre d’opérations militaires.

C’est qu’en vérité, le fort de Podor était essentiel dans le dispositif mis en place par Louis Faidherbe pour dérouler l’hégémonie française sur l’axe Saint-Louis du Sénégal-Kayes au Mali.

A la faveur des indépendances africaines, ce haut lieu du patrimoine historique régional, par ailleurs témoin privilégié de la diversité culturelle (soldats français et tirailleurs sénégalais) au service de la colonisation sera occupé par l’armée.

Mais que reste-t-il de ce vestige ? 

Réhabilité à demi par la France, il est aujourd’hui un musée du Ministère de la Culture qui semble lui accorder un petit crédit.

Des investissements ont été consentis pour une relance du secteur touristique par M. Racine Sy.

Ce fils de la ville compte faire un hôtel de la grande bâtisse à étages qui fait face au fort et qui était le logement de l’ancien chef de la brigade de gendarmerie, avant que ce service de l’armée ne quitte le fort du fait de sa vétusté.

Si la France a réhabilité partiellement les lieux, la dimension historique et touristique revient au Sénégal.

Malgré l’oubli dont il fait l’objet, le fort de Podor demeure un vieil édifice, charmant par sa stature imposante, plein de surprises agréables à l’image de l’exposition photos réalisée par le doyen de la photographie dans le Podor, El Hadji Omar Ly.

Le musée de Podor permet de découvrir un mobilier d’époque qui ne manque pas d’attrait. 

Il est urgent de doter ce fort de moyens adéquats, afin de lui permettre d’être pleinement une offre culturelle permanente, avec une meilleure fréquentation des touristes qui viennent en général en amont du fleuve pour voir ce beau patrimoine architectural.

Absence de budget de fonctionnement

Aujourd’hui, ce monument éprouve d’énormes difficultés pour son fonctionnement.

 Le conservateur déplore « l’absence de commodités sans lesquelles aucun espace public ne peut convenablement remplir sa mission ». L’éventail des problèmes du fort est large :

  • le manque d’eau,
  • d’électricité,
  • et même de toilettes.

Les multiples interpellations dont la tutelle aurait été l’objet n’ont pas trouvé une oreille attentive.

Ce fort de couleur ocre a une imposante stature. Devenu musée régional, il est aujourd’hui victime du non achèvement des travaux de restauration.

En fait, seuls les édifices intérieurs ont été restaurés. Le mur d’enceinte et ses quatre donjons sont délabrés.  Les pavillons intérieurs ne disposent pas de fermeture, ce qui empêche aujourd’hui leur valorisation.

Seuls les touristes sont réguliers au Fort avec la croisière du bateau de croisière Bou El Mogdad qui va de St Louis à Podor.

Les lettres du chevalier de Boufflers à sa femme (Lettres d’Afrique à Madame de Sabran) nous montrent ce qu’est un fort du roi de France, sur le fleuve Sénégal :

  • en 1785 : « Je compte arriver à Podor aujourd’hui malgré les vents contraires, parce que j’ai envoyé des gens du pays par des sentiers raccourcis prier le roi des Maures de m’envoyer des chevaux …
    Tu voudrais peut-être savoir le présent que je lui apporte ? Un manteau d’écarlate galonné d’or, dix pièces de guinée bleue, un fusil fin à deux coups, une belle paire de pistolets, vingt gros grains d’ambre, une belle filière de corail, avec des miroirs, des ciseaux, des peignes …, pour la reine. Tous les seigneurs et toutes les dames de sa cour auront des présents proportionnés à leur dignité…
    Adieu. Je vois une troupe de Maures sur la rive avec des chevaux de main, je vais descendre à terre et monter à cheval pour entrer triomphalement dans ma citadelle. »
  • en 1788  : « Oh ! mon enfant, le vilain lieu et les vilaines gens ! Ce pauvre Sénégal, dont je t’ai fait de si tristes peintures, est un Louvre, un Élysée en comparaison. Je suis accablé d’affaires et de chaleur; je n’ai que le temps de t’embrasser. Je me sens plus faible et plus lourd que je ne l’ai encore été, et j’ai même ordonné, si cela durait, que mon bâtiment fût prêt à partir demain matin, parce que je ne veux mourir qu’entre tes bras… Il passe à la vérité pour, le poêle de l’Afrique; mais il passe encore tout ce qu’on en dit. Le thermomètre en dit plus que personne; car je l’ai pendu vers une heure et demie à la muraille, en dehors, au soleil, et l’esprit de vin a touché l’extrémité du tube, en sorte qu’on a été obligé de dépendre le thermomètre et de le rentrer, de peur qu’il ne cassât, d’autant plus qu’il était si brûlant que mes gants en ont été marqués. Je ne t’ai pas dépeint le maudit fort où je suis. C’est une cour carrée entourée de quatre mauvais bâtiments à rez-de-chaussée, sans plancher, sans plafonds, couverts de planches mal jointes, et dans chaque coin des espèces de tourelles, dans l’une desquelles demeure le commandant. La garnison, composée de vingt soldats agonisants, demeure dans une espèce d’écurie, à côté de la porte; le reste est destiné pour des magasins où il n’y a presque rien, et où tout se gâte en peu de temps par l’excès de la chaleur. En sorte qu’après y avoir encore réfléchi, et après m’être assuré de l’inutilité parfaite de ce poste-là, je pourrais bien, d’ici à mon départ, le faire raser. »