L’islam, n’est pas un monde à part.

  • Il partage les mêmes sources avec le judaïsme et le christianisme.

Cette religion existe depuis le VII siècle et a été à l’origine d’une civilisation prestigieuse qui a marqué l’histoire de l’Humanité. Si la confrontation entre l’Occident et l’Orient ne s’est pas faite sans heurts, le « monde musulman » n’est pas un monde à part.

Seulement aujourd’hui, les pays où vivent la plupart des musulmans sont souvent confrontés à des difficultés politiques et économiques graves. Et le travail de réflexion pour adapter l’islam à notre époque et aux situations de la vie quotidienne se fait au ralenti.

 

L’islam est la 2ème religion en France. La force des traditions et la tentation d’un repli sur soi de certains musulmans ne doivent pas masquer l’immense majorité des musulmans qui vivent leur religion en paix et en harmonie. Pour un non musulman, tenter de comprendre l’islam, c’est faire l’expérience, toujours difficile, de ce qui est apparemment différent.

  • Mohammed est le prophète de l’islam, une religion révélée il y a plus de 1 400 ans.

L’Arabie est le berceau de l’islam. C’est dans la ville de la Mecque que nait, vers 570, Mohammed, futur prophète de l’islam. L’ange Gabriel lui annonce qu’il est le nouveau prophète. C’est la révélation, avec l’aide de son épouse Khadidja, il convainc ses proches de n’aimer qu’un seul Dieu : Allah (« Dieu » en arabe). En 622, il s’exile, c’est l’hégire. Début de l’histoire musulmane. Il mène des guerres pour convertir les populations. A sa mort, en 632, les bases de l’islam sont posées.

  • Pour pratiquer leur religion et dans la vie quotidienne, les musulmans se réfèrent à deux textes : le Coran et le Sunna.

Le Coran, un texte sacré : vers 657, les paroles divines que les musulmans se transmettaient oralement sont regroupés dans un livre : le Coran. Divisé en 114 chapitres, appelés sourates composées de plusieurs versets. Le Coran est le recueil des messages dictés par l’ange Gabriel, messager de Dieu, à Mohammed.

Les musulmans estiment qu’il est sacré, donc inviolable. Le coran présente les bases de la foi musulmane : être fidèle à la parole de Dieu, respecter les autres, distinguer le bien du mal, ce qu’il faut faire et ne pas faire pour être un bon musulman, il présente des règles de vie en société, (les droits et devoirs de la femme et de l’homme, mariage et divorce ou encore les interdits alimentaires (ne pas manger de porc, ne pas boire d’alcool …)

– La Sunna : les faits et gestes du prophète. Elle est composée de hadiths (courts récits racontant les faits et gestes du prophète Mohammed. Très nombreux et sujets à interprétations diverses, ils sont considérés comme des sources d’inspiration pour guider les musulmans dans leur vie quotidienne.

Ces textes servent de références aux musulmans, ils ont inspiré la loi islamique « la charia ». Les islamistes, minoritaires, estiment que ces règles (que l’on peut considérer comme rétrograde, car édictées il y a 14 siècles) sont à suivre à la lettre …C’est une aberration.
Les musulmans modernistes rappellent que le Coran n’est pas un mode d’emploi. Si ce texte est sacré, son interprétation est humaine. Il peut donc être adapté à la vie actuelle.

L’année 2026 = l’année 1447 : la date de l’hégire en 622 selon le calendrier chrétien correspond à l’an 1 du calendrier musulman. Le calcul est : 2026 – 622 = 1404, à diviser par 0,97 pour tenir compte du cycle lunaire, soit 1447.

  • D’une religion à une civilisation. 

La succession du prophète : Après la mort de Mohammed, quatre fidèles qui l’ont connu de son vivant se succèdent pour être calife. Ils dirigent la communauté des musulmans qui est alors en pleine expansion. Depuis l’Arabie, ils conquièrent l’Égypte, la Syrie, l’Irak et l’Iran où ils convertissent les populations. Mais cette période est troublée par des conflits entre les successeurs de Mohammed qui se divisent en deux clans. 

– Sunnisme et chiisme : la grande division : D’un côté, les partisans de la tradition (al-Sunna en arabe) veulent désigner le calife par une élection. Ce sont les sunnites, les plus nombreux. De l’autre, les partisans d’Ali (chi-at Ali en arabe), le cousin et gendre du prophète, veulent que le calife soit un descendant du prophète. Ce sont les chiites, qui eux-mêmes vont se séparer des kharidjites (« ceux qui sont sortis » en arabe). Ces discordes marquent la première division de l’islam.

La dynastie conquérante des Omeyyades : En 661, un calife sunnite, Mu’awiyya, prend le pouvoir. Il fonde la dynastie des Omeyyades, une sorte de royauté. Profitant de l’affaiblissement des grands empires voisins, notamment perse et byzantin, les Omeyyades s’imposent sur un territoire qui s’étend de l’Espagne à l’Inde et dont la capitale est Damas. Mais les conquêtes sont arrêtées par les Byzantins devant Constantinople en 718, et par les Francs de Charles Martel à Poitiers en 732.

– Le triomphe des Abbassides : Trop vaste, l’empire se morcelle. En 750, la famille régnante des Omeyyades est massacrée par un clan rival, les Abbassides. La capitale devient alors Bagdad. Un seul prince omeyyade parvient à s’échapper : il rejoint l’Europe, où il fonde le califat de Cordoue. En Égypte, un descendant d’Ali et de Fatima installe au Caire (en créant cette ville) la dynastie chiite des Fatimides. Au Xème siècle, il y a alors trois califats : l’un à Bagdad, l’autre à Cordoue et le troisième au Caire

  • Les 5 piliers de l’islam, ce sont les 5 obligations fondamentales du croyant :

croire en un seul Dieu et en son prophète Mohammed,

– prier 5 fois par jour en se tournant vers la Mecque,

– offrir l’aumône au pauvre,

– jeuner, durant l’un des 12 mois de l’année, le ramadan,

– faire un pèlerinage à la Mecque une fois dans sa vie.

 

  • Juifs et chrétiens : des croyants respectés par les musulmans.

    Dans les pays conquis par les musulmans, les juifs et les chrétiens, considérés comme des « gens du livre », étaient rarement persécutés. Ils avaient seulement un statut inférieur qui les dispensait de service militaire et les obligeait à payer un impôt supplémentaire. Des peuples convertis, mais pas anéantis : l’expansion de l’islam au cours des siècles s’est faite à travers des batailles sanglantes. Mais une foi les territoires conquis, l’économie et l’organisation des sociétés n’étaient pas détruites.

  • L’âge d’or du monde musulman.

Durant trois siècles, la civilisation islamique connaît l’un des plus riches essors culturels de l’histoire des civilisations.

Une expansion par le commerce : À partir du IX siècle, l’empire des Abbassides devient la première puissance économique du monde grâce au commerce. Du sud de l’Afrique jusqu’en Inde, les marchands se déplacent en caravanes qui font étape dans des caravansérails, favorisant le développement des grandes villes, plus nombreuses et plus grandes que celles d’Europe.

– Une ouverture à la culture : Bagdad, par exemple, est à cette époque, la plus grande ville du monde, avec 1 million d’habitants et de magnifiques palais et mosquées. Grâce à leurs richesses, les califes favorisent l’essor de la culture arabo-musulmane. Ils construisent des universités et des écoles religieuses (medersas). Ouverts sur le monde, ils apprennent et développent les savoirs des populations converties à l’islam. L’arabe devient une langue mondiale.

– Un rayonnement mondial : Des mathématiciens arabes et persans inventent l’algèbre « le chiffre zéro » et la trigonométrie, font progresser l’astronomie, notamment grâce à l’optique. La médecine fait des progrès décisifs en anesthésie, en chirurgie, en pharmacie et en gynécologie. La boussole, la fabrication du papier et la poudre sont importées de Chine pour être développées par les savants arabes. Enfin, la philosophie tout comme la poésie, les fables et les contes, dont Les Mille et Une Nuits, ont un rayonnement mondial.

– L’heure des divisions politiques : Cet âge d’or connaît des tensions politiques. L’empire est très morcelé et doit faire face à des pouvoirs locaux : les Fatimides en Égypte, les Almoravides au Maghreb et en Espagne, ou encore les Seldjoukides en Perse. En plus de ces divisions internes, l’empire est affaibli par les croisades lancées par les chrétiens (prise de Jérusalem en 1099) et les invasions des Mongols. En 1258, ceux-ci détruisent Bagdad et c’est la fin de la dynastie des Abbassides.

Culture et tolérance :  Pendant cet âge d’or de l’islam, à Bagdad, à Damas, au Caire, à Samarkand, à Palerme ou encore à Grenade, des « maisons de la Sagesse » se sont multipliées. Comme des universités et des bibliothèques, ces centres étaient des lieux de rencontres, d’études et de discussions entre savants et intellectuels de tous pays et de toutes religions.

  • Face à l’Occident 

– Les dernières expansions… Après les Mongols, les Turcs musulmans fondent leur royaume au XIV siècle. C’est l’Empire ottoman. Il est dirigé par des sultans et va de l’Égypte à la Hongrie. Cette puissance de l’Orient fascine autant qu’elle inquiète l’Europe. À la même époque, l’islam se propage plus loin dans le monde grâce aux marchands musulmans qui commercent en Afrique de l’Ouest, en Inde et en Asie du Sud-Est.

– Le déclin : Au XVIII siècle, l’Empire ottoman se fragilise, notamment face aux assauts de la nouvelle force économique et politique de l’Europe. À cette période, les sociétés musulmanes ont tendance à se replier sur elles-mêmes et sur une vision figée de leur religion. Elles ne voient pas venir la modernité occidentale, avec les progrès techniques et les idées issues de la Révolution française. En 1798, l’expédition de Bonaparte en Égypte est un choc : les musulmans découvrent la force des Européens et leur propre faiblesse.

– De la colonisation à l’indépendance : Quand l’Empire ottoman disparaît en 1920, les Français et les Anglais ont pris le pouvoir dans plusieurs pays du Maghreb, du Moyen-Orient et de l’Asie. Cette colonisation par les Européens est une humiliation pour les pays musulmans. Contre ces occupations, des mouvements de libération se multiplient. Et dans les années 1950 et 1960, ces pays colonisés retrouvent leur indépendance. Mais la transition est souvent ratée, laissant la place à des dirigeants corrompus.

– Le réveil de l’Islam : Depuis le retour à l’indépendance, nombre de ces pays musulmans sont confrontés aux dictatures, aux injustices et à la pauvreté. Ces situations ont favorisé l’émergence des fanatiques islamistes. Portés par un désir de revanche sur l’Occident, ils s’adressent à des populations très pauvres et très peu éduquées. Ce phénomène risque de se développer tant que ses causes politiques et sociales n’ont pas été traitées.

  • Une religion au pouvoir :

Dans les pays musulmans, les pouvoirs politiques en place font souvent référence à la religion.

Quand la religion fait de la politique : De tout temps, les religions se sont mêlées de politique. Mais, aujourd’hui, dans la plupart des pays de tradition chrétienne mais laïcs comme la France, l’Église n’intervient plus dans les pouvoirs de l’État. C’est rarement le cas pour les pays musulmans. Parce qu’à l’origine de l’islam, Mohammed était à la fois un chef religieux et un chef politique. Et depuis 14 siècles, les dirigeants politiques musulmans se sont souvent servis de la religion pour renforcer leur pouvoir.

– Des influences sur la société : La place de l’islam varie d’un pays musulman à l’autre. Certains, comme l’Arabie Saoudite, l’Iran ou le Soudan, sont des États islamiques. Le Coran y est la seule référence officielle pour gouverner. Pour d’autres, les plus nombreux, comme le Maroc, l’Indonésie ou la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest, le pouvoir est laïc. Mais la religion influence la vie de la société et certaines de ses lois. Et aujourd’hui les extrémistes religieux tentent d’accroître cette influence.

– Pays pauvres et pays riches :Un grand nombre de pays musulmans sont parmi les plus pauvres de la planète (Afghanistan, Bangladesh, Somalie, Soudan). À l’opposé, d’autres (Arabie Saoudite, Qatar, Bahreïn, Koweït, Émirats arabes unis) sont parmi les plus riches du monde. Ils doivent leur fortune au pétrole, cet « or noir » qui suscite tant de convoitises, y compris dans les pays occidentaux. 

– La démocratie en défaut : Riches ou pauvres, la plupart des pays musulmans ne sont pas des démocraties. Les principes élémentaires des droits de l’homme y sont souvent bafoués : pas d’élection libre, pas ou peu de liberté d’expression, pas de justice… Est-ce la faute de l’islam ? Pas sûr. Si la religion ne favorise pas la démocratie, elle ne l’interdit pas non plus. En fait, plusieurs raisons expliquent l’absence de démocratie dans un pays, notamment son histoire, son développement économique et le niveau d’éducation de sa population.

La Turquie, premier pays musulman devenu laïc :

C’est en 1924 que le califat en Turquie, c’est-à-dire la direction spirituelle et politique du pays, a été supprimé. Grâce à Mustafa Kemal (surnommé Atatürk, « le père des Turcs »), la Turquie est devenue un pays laïc. Ainsi, la religion musulmane n’est plus utilisée pour imposer des lois concernant la vie des Turcs.

  • Une religion, différentes populations :

    Les sociétés converties à l’islam sont diverses. On peut les diviser en cinq grandes zones géographiques et culturelles représentées par :

  • les Arabes et les Berbères,
  • les Irano-Indiens,
  • les Turcs,
  • les Malais
  • et les Noirs africains.

Tous ces peuples qui se réfèrent au Coran ont des pratiques communes. Mais ils sont aussi très différents par leur nationalité, leur langue, leur histoire, leurs coutumes et leurs traditions.

  • Une religion, plusieurs courants religieux : Les musulmans se divisent dans le monde en 3 principaux courants :

– les sunnites représentent plus de 90% de la population musulmane mondiale (environ 1,2  milliard), avec plusieurs traditions, notamment les hanéfites (Inde, Pakistan, Afghanistan…), les malékites (Afrique du Nord et de l’Ouest), les chaféites (Égypte, Indonésie…)et les wahhabites (Arabie Saoudite).

– les chiites (environ 100 millions, soit moins de 10%) sont divisés principalement entre les duodécimains (Iran, Irak…), les ismaéliens et les druzes (Syrie, Liban…)., les alouites (Syrie) et les zaïdites (Yémen);

– les kharidjites (environ 1million), très minoritaires, sont pour la plupart répartis en Afrique du Nord.

Arabe pas toujours musulman,

musulman pas forcément arabe.

Si l’islam est né en Arabie ; tous les Arabes ne sont pas musulmans. Certains sont notamment juifs ou chrétiens. De même, tous les musulmans ne sont pas arabes. En 2023, la majorité sont en en Indonésie (230 millions de musulmans), premier pays musulman au monde, au Pakistan (203 millions), au Bangladesh (154 millions) et en Inde (195 millions).

Ni « curé »,

Ni « pape » musulman

L’islam n’a pas de chef suprême ou de représentant de Dieu à l’exemple de la religion chrétienne avec le pape et les évêques. Et l’imam n’est pas l’équivalent du curé. Il est choisi par chaque communauté de musulmans, car, selon les textes, c’est « celui qui récite le mieux le Coran ». Seuls les chiites iraniens sont dirigés par un ayatollah.

Musulmans pas seulement : si le fait d’être musulman, tout comme être chrétien ou juif, marque une différence, la croyance religieuse ne suffit pas à définir un individu. C’est une particularité parmi d’autres comme sa nationalité, sa ville ou son quartier d’origine. Observer cette croyance comme un trait d’identité parmi d’autres, c’est faire la preuve que l’islam est devenu une religion comme les autres.

Entre obligations et traditions: La religion musulmane impose des règles. Ce sont des interdits ou des rituels qui font partie de la vie quotidienne et que chacun suit selon sa foi.

Une religion de contraintes ? Si toutes les religions dictent à leurs croyants des préceptes, ceux de l’islam peuvent paraître particulièrement contraignants. En fait, certaines de ces règles sont des obligations qui permettent à chaque musulman de prouver sa foi. Ce sont les cinq piliers de l’islam. D’autres concernent la vie quotidienne et en société (la nourriture, les vêtements, les relations familiales…). Elles sont, comme des traditions culturelles, différemment suivies selon les pays et les croyances de chacun.

Prière obligatoire, pèlerinage facultatif : Tout musulman doit faire sa prière cinq fois par jour selon des gestes précis – debout, courbé, prostré à genoux, tourné vers La Mecque- en récitant par cœur des versets du Coran. Le jeûne du ramadan consiste notamment à ne pas manger ni boire entre le lever et le coucher du soleil pendant un mois, sauf pour les malades, les enfants en bas âge, les femmes enceintes… Et tout comme donner l’aumône dépend des revenus de chacun, le pèlerinage à La Mecque n’est à faire que si le croyant en a les moyens.

Des interdits alimentaires : Comme les juifs, les musulmans ne mangent pas de viande de porc parce que cet animal est considéré comme impur. Les viandes permises – celles de bœuf, de mouton ou de poulet – doivent avoir été vidées de leur sang selon un rituel précis pour être halal, c’est-à-dire autorisées à la consommation. Enfin, l’absorption d’alcool ou de toute drogue est en principe interdite aux musulmans.

Une hygiène du corps : Selon l’islam, tout ce qui « sort » du corps, comme la sueur, le sang, l’urine, les excréments ou le sperme, est considéré comme impur. Une parfaite hygiène est donc très importante. Par exemple, avant sa prière, le croyant fait des ablutions (se lave) pour être propre devant Dieu. Ce souci de la propreté et du corps s’inscrit dans une tradition dont témoignent les hammams.

Des fêtes traditionnelles : Plusieurs fêtes religieuses rythment la vie des musulmans. Les deux plus importantes sont :

  1. l’Aïd el Fitr « petite fête », qui marque la fin de la période de ramadan,
  2. l’Aïd el Kebir « grande fête », la fête du mouton, qui célèbre l’épisode de l’Ancien Testament au cours duquel Dieu accorda à Abraham d’égorger un mouton à la place de son fils unique. 

À chacun sa pratique : Si les règles sont fixes, leur interprétation varie. Par exemple, il arrive qu’un musulman pratiquant mange de la viande qui n’est pas halal. À l’inverse, nombre de musulmans non pratiquants jeûnent pendant le ramadan. Comme le montrent les catholiques non pratiquants qui fêtent Noël. La religion n’est pas seulement une question de croyance mais aussi d’héritage culturel. Lors du ramadan, on ne peut manger qu’après le coucher du soleil.

  • Garçons et filles : mode d’emploi :

À cause d’une interprétation figée et masculine du Coran et par la force des traditions, l’égalité entre les sexes est loin d’être acquise dans les pays musulmans. 

– Une religion machiste ? L’islam a la réputation de maltraiter les femmes. Pourtant, celles-ci ne sont pas moins bien considérées dans le Coran que dans la Bible ou la Torah. Seulement les versets coraniques ont souvent été sortis de leur contexte historique et interprétés dans un sens étroit et rétrograde. Ce n’est pas la religion musulmane en elle-même qui est machiste mais plutôt les hommes qui, par ignorance ou par intérêt, l’utilisent pour justifier leur domination sur les femmes. 

– Quand les femmes sont victimes : Concrètement, dans de nombreux pays musulmans, les femmes, souvent, n’ont pas les mêmes droits que les hommes : elles ne peuvent ni gérer leurs biens, ni divorcer, ni voyager à l’étranger ni même travailler sans l’autorisation de leur père ou de leur mari. Pire, elles peuvent être forcées à se marier ou être tuées si elles trompent leur époux. 

– Des traditions qui ont la vie dure… Ces pratiques barbares sont encore très répandues. Car le travail d’adaptation de l’islam à notre époque est au ralenti. Le faible niveau d’éducation des populations d’un grand nombre de pays musulmans n’aide pas à faire évoluer les mentalités et les traditions. Et pourtant des pays comme le Pakistan, le Bangladesh ou l’Indonésie ont été dirigés par des femmes musulmanes. Et le Maroc, par exemple, a récemment modifié ses lois pour donner plus de droits aux femmes.

– En quête d’égalité : En France, la situation est très différente. Si quelques islamistes tentent de reprendre les images archaïques de la femme soumise, ils sont très minoritaires. En prise avec la vie moderne, et notamment par le biais de l’école, les jeunes filles musulmanes françaises se battent pour changer les mentalités, c’est-à-dire garantir leurs droits à l’égal des hommes. Ce combat, qui réunit au-delà des croyances religieuses, concerne toute la société française.

– Le savais-tu ? Le voile sous toutes ses coutures : Le port du voile islamique (hidjab en arabe) par les jeunes filles à l’école a suscité un débat en France. Faut-il l’autoriser au nom du respect de chacun à vivre sa religion ? Ou bien l’interdire au nom de l’école républicaine qui ne doit pas laisser s’imposer une religion et un signe de soumission de la femme ? Le débat a abouti à une loi qui interdit tout « signe religieux ostensible » à l’école depuis 2004. 

Cent mots pour l’amour : L’islam est l’une des rares religions à parler ouvertement des relations amoureuses et sexuelles entre les garçons et les filles. Un proverbe arabe dit que « si l’islam a 99 noms pour nommer Allah, il en a 100 pour nommer l’amour ».

  • La famille, c’est sacré :

Les liens familiaux sont au cœur de la tradition musulmane. Chacun y trouve sa place, même si les mœurs évoluent au contact de la société française.

– Des rituels obligés : Le mariage est une étape recommandée dans la vie de chaque musulman. Il est une condition nécessaire pour qu’un homme et une femme aient des relations sexuelles et fondent une famille. En principe, le mariage se fait par consentement mutuel entre les deux époux. De même, le droit de divorcer est reconnu à chacun. En principe seulement… Car les mariages forcés tout comme la répudiation des femmes se pratiquent encore dans plusieurs pays musulmans.

– Le poids des traditions… De nombreuses sociétés traditionnelles distinguent clairement le rôle des femmes de celui des hommes. Ces derniers s’occupent de tout ce qui est extérieur à la maison (travail, argent…) et les femmes de tout l’intérieur (vie domestique, éducation des jeunes enfants, mariages…). Seulement ces schémas traditionnels évoluent, notamment parmi les musulmans vivant hors de leur pays d’origine, comme c’est le cas en France. 

…. qui évoluent : Dans les familles musulmanes françaises, l’autorité des parents, notamment celle des pères, est souvent remise en question. Les mères et les filles sous l’influence de la vie moderne revendiquent les mêmes droits que les hommes. Les mariages mixtes sont de plus en plus nombreux. Et quitte à susciter des conflits de générations avec leurs parents, les jeunes couples s’adaptent à l’évolution de la société : ils travaillent tous les deux et assument ensemble les charges de la famille.

Le savais-tu ? Jusqu’à quatre épouses légitimes : Le Coran autorise la polygamie : Un homme peut épouser jusqu’à quatre femmes à condition de pouvoir subvenir à leurs besoins ! Parmi les pays musulmans, seules la Turquie et la Tunisie l’interdisent. En France, cette pratique est interdite par la loi. Se marier avec un musulman ou une musulmane : En principe, une fille non musulmane peut épouser un garçon musulman, à condition qu’elle croie en Dieu, en étant notamment juive ou chrétienne. En revanche, si c’est un garçon non musulman qui veut se marier avec une fille musulmane, il doit obligatoirement se convertir à l’islam. Pourquoi ? Parce que, par tradition, c’est le père qui transmet sa religion aux enfants. Le tabou de l’homosexualité : Comme dans la plupart des religions, l’homosexualité n’est absolument pas reconnue par l’islam. Pire : dans certains pays musulmans, les homosexuels sont emprisonnés et brimés.

– Répudiation : fait de renvoyer son épouse en rompant le mariage en toute légalité et par la seule décision du mari.

L’islam africain

 « Islam noir » était, en 1964, le titre d’un ouvrage publié au Seuil dont les auteurs avaient découvert les sociétés ouest-africaines au temps de la colonisation. Cet « Islam noir », non pas celui de l’Éthiopie, ni du grand commerce esclavagiste de l’océan Indien, c’était celui de l’Afrique de l’Ouest, le Sahel, aujourd’hui le Mali, le Sénégal, le Burkina Faso, le Niger ou le Nigeria… L’opposant à « l’Islam arabe », il y faisait le portrait d’une religion syncrétique (qualifie la fusion de différentes religions) et tolérante, une vision qui s’accorde bien mal avec le déchaînement de violences qui ravagent, depuis une quinzaine d’années, les rives sud du Sahara. 

L’islam se diffuse en effet en Afrique de l’Ouest dès le VIII siècle, via les routes commerciales qui assurent, à travers le Sahara, le transit de l’or et des esclaves. Les souverains africains se convertissent à partir de l’An Mil et, au XIV siècle, la réputation de puissance et de richesse de Mansa Musa, représenté sur l’Atlas catalan tenant un globe d’or dans la main, n’est plus à faire : le sultanat du Mâli est alors l’un des centres les plus dynamiques du monde islamique.

Reste que, dans cet empire stable et puissant, l’islam, comme le rappellent ici François-Xavier Fauvelle et Hadrien Collet, cantonné aux villes, est une religion minoritaire, qui cohabite avec les religions traditionnelles. Le voyageur arabe Ibn Battuta nous a légué une description devenue célèbre d’une fête musulmane où des griots arborent un masque hérissé de plumes et muni d’un bec rouge.

C’est au XIX siècle que la région s’est plus profondément islamisée. Il ne faut pas minimiser, dans la construction humaine et politique du Sahel, l’importance des grands mouvements de djihad qui, s’appuyant sur l’activité des confréries, s’assurèrent par la conquête la domination d’entités politiques immenses. La colonisation a joué son rôle. Camille Lefebvre évoque dans ce dossier la stupéfiante aventure de ces officiers français isolés en terre étrangère qui, cyniques ou médusés, n’ont pas hésité à instrumentaliser les confréries pour coloniser au nom d’Allah (!). Le djihad en Afrique de l’Ouest n’est pas un produit d’importation. 

Ce qui est un produit d’importation, c’est la terreur imposée depuis quinze ans par les desperados libérés par la fin de la guerre civile algérienne, l’éclatement de la Libye post-Kadhafi ou l’écrasement de Daech. Ce cataclysme géopolitique a projeté au Sahel des combattants, des modes d’action et des objectifs qui doivent plus à l’islamisme mondialisé d’Al-Qaida (Aqmi) et au wahhabisme saoudien. Ce qui n’empêche pas ces modernes djihadistes d’instrumentaliser à leur tour le long passé musulman de la région, revendiquant la filiation avec les grands djihads du XIX® siècle.

Loin de la vision d’un « Islam noir » idéalisé au temps de la décolonisation, tout aussi criminel serait d’enraciner le déchaînement de terreur globalisée que subit aujourd’hui la région dans un Islam millénaire complexe et riche. De cette violence les populations du Mali ou du Burkina Faso sont les premières victimes.

Mot clé :  A l’origine, djihad signifie « effort ». Puis, à l’époque des croisades des chrétiens, les musulmans parlent de djihad comme d’un combat pour se défendre. Depuis, les islamistes détournent ce terme en le traduisant en « guerre sainte » contre l’Occident. C’est un contresens car, même dans les versets les plus violents du Coran, la guerre n’est jamais « sainte ». Le mot « djihad » apparait dans 36 versets du Coran, 22 fois comme un effort d’ordre général, 10 fois en référence à la guerre et 3 fois dansune tonalité spirituelle.