La Prostitution : “la nouvelle traite des noires”

La Prostitution : “la nouvelle traite des noires”

Prostitution : la nouvelle « traite des noires ».

Venues du Nigeria, ces femmes pensaient trouver l’Eldorado à Paris.
Elles sont réduites en esclavage.
Paris Match / Publié le 14/05/2016 avec mise à jour le 18/05/2016 Par Pauline Delassus

Ce matin est le premier du reste de sa misérable vie. Diana* vient d’atterrir en France. Elle a 18 ans, le gris de Paris l’émerveille. Elle se dit qu’elle a eu raison de quitter la pauvreté de Benin City, sa ville natale, immense et violente, dans le sud du Nigeria. Elle va devenir étudiante, la femme qui l’accompagne le lui a promis.

« J’ai juré que je rembourserais le prix de mon passage en Europe sans savoir combien et en pensant que cela incluait le coût de mes études », explique Diana.

Le taxi longe un grand boulevard, Barbès, le quartier de Château- Rouge, la rue des Poissonniers, une petite Afrique où les boutiques ressemblent à celle que son oncle tient au pays. Soudain, tout s’assombrit. Diana se souvient de la minuscule chambre d’hôtel, du verrou qui se ferme et du premier mot de français qu’elle comprend : prostitution.

Le jour se lève et ses rêves s’écroulent.

La bienfaitrice devient la « mama », une mère maquerelle qui lui réclame 60 000 euros, le coût de son voyage en enfer. Au début, la mama suit sa « fille » sur le trottoir : c’est elle qui parle aux clients. « Je ne savais pas encore dire “20 euros la passe, 100 euros la nuit”. Alors elle traduisait », raconte Diana.

La mama a deux alliés, une barre de fer et le « juju »La magie noire est la clef de voûte de ce commerce humain transnational en pleine expansion. Quelques jours avant leur départ du Nigeria, la mama avait conduit Diana et d’autres jeunes filles dans la maison d’un sorcier, le « jujuman ». La cérémonie comprend des scènes de transe, l’absorption de potions, le prélèvement de sang, de cheveux et d’ongles. Les futures prostituées sont convaincues qu’un sort leur est jeté : elles doivent obéir à la mama afin de préserver la sécurité de leur famille. Le sorcier leur a remis un objet : un cadenas entouré de ficelle, enfermé dans un sac en plastique et saupoudré de sang séché. Leur chaîne d’esclaves modernes. En France, le « juju » continue de s’exercer : philtres de docilité, d’invincibilité et de contraception. Dans ce cas, il est composé de vingt comprimés de Paracétamol et de jus de citron. Les policiers de la brigade de répression du proxénétisme (BRP) constatent l’emprise de ces traditions détournées à des fins criminelles.

Le commissaire divisionnaire Jean-Paul Mégret explique :« Il suffit que les mamas invoquent le “juju” pour que les filles entrent dans un état de peur panique et n’osent plus témoigner. »En région parisienne, il existe une dizaine de ces réseaux de traite, organisés au Nigeria par des gangs armés ultraviolents. Ils sont reconnaissables à la couleur de leurs vêtements et se livrent à des guerres de territoires. La plupart des victimes sont recrutées dans les campagnes autour de Benin City. Elles sont jeunes, 20 ans au maximum, une garantie de docilité. Des hommes de main sont chargés de tabasser les parents des insoumises, voire de les exécuter. La terreur porte ses fruits, d’autant plus pourris qu’ils baignent dans le « juju ».

Pour signaler aux passeurs leur « valeur », les trafiquants les habillent en blanc quand elles traversent la Méditerranée.

Récemment, les cinquante hommes de la BRP ont fait tomber un de ces réseaux, celui des Authentic Sisters. Comme les autres, il était organisé selon un système pyramidal que les hommes dirigent depuis le Nigeria.

Pour gérer le trafic à Paris, ils envoient les mamas, anciennes prostituées qui ont remboursé leurs dettes. De victimes, elles deviennent bourreaux.

C’est un vol Air France qui a mené Diana à son malheur, mais la plupart des Nigérianes empruntent les routes traditionnelles des migrants clandestins. La nouvelle traite des Noires suit le trajet d’un nouveau commerce triangulaire, de l’Afrique de l’Ouest à l’Europe, via le Maghreb.

« Le phénomène est récent et important, explique Guillaume Lardanchet de l’association Hors la Rue. Certaines sont mineures, parfois de 12 à 14 ans, mais elles utilisent des faux papiers de majeures. »

Voitures ou cars jusqu’en Libye, attente à Tripoli, passage en Italie par bateau. A bord, on leur remet des vêtements clairs qui les différencient des autres migrants et signalent leur « valeur » aux passeurs : ces derniers les placent au centre des embarcations, afin qu’elles ne risquent pas de tomber à l’eau…

Les précieuses marchandises patientent ensuite dans les camps, avant d’être conduites sur les trottoirs. Comme Diana, elles « travaillent » de jour et de nuit. L’eldorado qu’on leur avait promis, c’est la Goutte d’Or, près du métro Château-Rouge, « où les clients sont africains », précise Diana. Après, selon les aléas du commerce, elles sont déplacées au bois de Vincennes, « où les hommes sont blancs ». Leur secteur, aisé à trouver, est une allée mal éclairée où, la nuit, une quarantaine de camionnettes blanches stationnent en file indienne, suffisamment espacées pour que les clients puissent se garer.

« Allez, viens bébé ! 20 euros, 20 euros… » entend-t-on constamment. Les automobilistes ralentissent, s’arrêtent ou passent à la suivante. Dans les cabines avant, les filles allument des lampes à pétrole ou des bougies, d’immenses cierges de couleur dont les flammes réchauffent. Leurs profils juvéniles se dessinent en clair-obscur ; on distingue leur maquillage pailleté, les strass de leur soutien-gorge, leur seul vêtement. Celles qui sont nues gardent une croix autour du cou, reste de culture chrétienne de leur Nigeria natal. Pour un camion, havre de fortune qu’elles partagent à deux ou trois, et à l’arrière duquel elles reçoivent les clients, il faut payer 1 000 euros aux mamas.

« Dans ces cas-là, on va dans les buissons, raconte Diana. Les voitures des clients, c’est trop dangereux. »

Tous les dix jours, Diana devait verser 1 000 euros à sa mama.

En trois ans, elle lui a «remboursé» 30 000 euros, sans toucher un centime. Dans certains réseaux, les filles cotisent dans une caisse commune, utilisée pour les soins médicaux, à condition de respecter les règles : la loyauté envers le collectif, l’obéissance des novices vis-à-vis des plus anciennes, le remboursement de la dette et le silence.

Mais quand un client lui a cassé un doigt, Diana n’a jamais pu se faire soigner à l’hôpital. « Et en cas de grossesse, les avortements sont faits par les mamas, jamais elles ne voient de médecin », précise le commissaire Jean-Paul Mégret. Avant d’ajouter, dépité : « Cette prostitution d’abattage est un enjeu majeur pour nous. Je me demande qui sont les hommes qui sollicitent ces filles… Ils ne peuvent pas ignorer qu’ils participent à une exploitation de l’être humain. »

La loi votée le 6 avril, qui prévoit de pénaliser le client, va, estime Mégret, lui donner de nouvelles armes :
«Nous allons prendre des mesures qui auront un effet sur la prostitution visible, celle de la rue. Celle des Nigérianes, donc. La loi est votée, on l’appliquera. Il va falloir prendre le client sur le fait, donc le surveiller en civil… Ça va poser un problème d’effectifs. Peut-être faut-il créer de nouvelles unités.» 

A l’Unsa, mêmes inquiétudes. Le secrétaire général Philippe Capon insiste : « C’est une mission supplémentaire pour la police. »

Pour l’instant, les policiers semblent absents du bois de Vincennes. Lors de nos cinq nuits de reportage, nous n’en avons croisé aucun. Les prostituées nigérianes n’ont qu’un secours, celui des associations qui tournent dans les bois parisiens et sur les boulevards extérieurs pour leur apporter café, biscuits, préservatifs. Ce sont elles qui préviennent la police de la présence de mineures. A Vincennes, les filles des camions connaissent les bénévoles « Aux Captifs, la libération », dont l’objectif est de créer un lien avec elles pour les aider.

Certaines mesures sont positives si elles se concrétisent : facilitation de l’obtention du titre de séjour, aide à l’insertion. Mais le risque est de se cacher derrière ces petites mesures pour masquer la passivité politique et collective ».

Yves Charpenel, président de la Fondation Scelles et procureur à la Cour de cassation, souligne : « En Suède, où cette loi existe, le marché est mort pour les proxénètes, les réseaux ont perdu 50 % de leur chiffre d’affaires. Il faut que la France devienne inhospitalière à ces trafics, d’autant qu’il y a collusion entre le crime, le terrorisme et la prostitution.

Diana, une des premières à s’en être sortie, ne sait pas quoi en penser. Après quatre ans de cet esclavage, elle n’est plus prostituée ; à 25 ans, elle fait figure d’aînée pour ses ex compagnes de galère. Même si elle vit sous calmants pour atténuer les angoisses du « juju » qui l’a presque rendue folle. Elle a été accueillie dans un foyer grâce à l’association « Equipes d’action contre le proxénétisme », dont la présidente, Elda Carly, déclare : « Cette loi renforce le statut de victime des prostituées comme Diana, mais il faut plus de moyens et de policiers. » Cette femme souriante est la bonne fée de Diana. Grâce à elle, la jeune fille espère obtenir des papiers pour travailler, peut-être dans un restaurant.

« Je ne veux pas retourner au Nigeria. J’aime la France. »

* Le prénom a été changé.

Le Poulet Yassa

Le Poulet Yassa

Le yassa de poulet

est un plat d’origine sénégalaise, précisément de la région Casamance, connue par “Kasa”, qui est une région historique située au Sud Ouest du sénégal.

Le Yassa est en fait le nom de la sauce qui accompagne l’ingrédient principal : le poulet.

Le yassa se prépare à la façon traditionnelle en coupant le poulet en morceaux, après avoir être mariné durant une nuit entière, avec du jus de plusieurs citrons et des oignons accompagnés d’huile d’arachide et le vinaigre,  puis fumé au feu de bois et enfin mijoté lentement dans sa marinade, en ajoutant le riz blanc. Le yassa peut également être cuisiné avec du poisson ou du mouton.

Les ingrédients  

  • 1 poulet
  • 1 kg de riz
  • 2 carottes
  • 750 g d’oignons
  • 2 citrons vert
  • 2 bouillons cubes
  • Poivre, sel, vinaigre
  • Ail
  • 2 cuillères à soupe de moutarde
  • Huile

Préparation

  • Dans une marmite, versez un litre d’eau et une cuillère à soupe de sel.
  • Coupez les carottes en petits dés et plongez les dans l’eau.
  • Mettez la marmite sur le feu avec un couvercle.
  • Lavez votre riz et disposez-le sur une grande passoire.
  • Une fois le riz égoutté, disposez cette passoire (avec le riz dedans) sur la marmite a la place du couvercle et le couvercle sur le riz ainsi pendant une quinzaine de minutes.
  • Coupez le poulet en morceaux.
  • Les 15 min passées, mettez le riz dans la marmite et mélangez le tout.
  • Couvrez avec le couvercle.
  • Coupez les oignons finement. 
  • Au bout d’une vingtaine de minutes, mélangez le contenu de la marmite en ajoutant un verre d’eau.
  • Mélangez l’ail, une cuillère à soupe de poivre et 3/4 de bouillon cube et pilez le tout afin d’en faire une sorte de farce.
  • Après une quarantaine de min, retirez la marmite du feu et mettez son contenu dans un plat que vous couvrez.
  • Lavez la marmite, elle vous resservira sous peu.
  • Dans chaque morceau de poulet, faites un trou pour y introduire un peu de farce.
  • Saupoudrez le poulet avec une moitié de bouillon cube et du poivre.
  • Mélangez avec la main et ajoutez une cuillère à soupe de vinaigre.
  • Dans la marmite que vous avez lavée, versez 4 louches d’huile pour faire frire les morceaux de poulet.
  • Mettez l’huile sur le feu.
  • Une dizaine de min plus tard, intégrez quelques morceaux de poulet de manière à frire chaque face alternativement pendant une quinzaine de min.
  • Les morceaux doivent être bien grillés. 
  • Mélangez une cuillère à café de poivre, le reste de bouillon cube, le reste de farce, la moutarde, 2 cuillères à soupe de vinaigre et les oignons. 
  • Retirez les derniers morceaux de poulet puis diminuez l’huile de moitié. 
  • Dans ce qu’il reste d’huile mettez la marinade d’oignons et laissez mijoter une demi-heure en remuant et en ajoutant de temps en temps un peu d’eau.
  • Ajoutez aussi du sel, le jus des deux citrons et 2 cuillères à soupe de vinaigre. 
  • Pendant ce temps passez au four vos morceaux de poulet pendant 20 à 30 minutes.
  • Étalez votre riz dans un grand plat, déposez-y vos morceaux de poulet grilles et enfin, mettez dessus les oignons.
Les origines africaines du “Blues”

Les origines africaines du “Blues”

Le fleuve Sénégal qui charrie ses eaux et inonde toute la terre a en effet participé à la naissance aux Etats-Unis d’Amérique, du Blues.

C‘est du fond de son de son cœur et de ses entrailles qu’un désespoir s’est installé, après que les fils d’Afrique pour longue période, ont été déportés, vendus, exploités, humiliés et torturés.

Le cours d ‘eau le plus célèbre de notre région, le fleuve Sénégal, a participé sans le vouloir à cette besogne avilissante en jouant un rôle très déterminant dans cet état de fait.

L’acheminement de tous les esclaves en direction de Gorée passait par le fleuve. Après quoi, les destinations se faisaient au gré du négrier : les Antilles, les Caraïbes, les Etats-Unis d’Amérique, le Brésil et j’en passe.

Les bateaux à voiles, ces fameux salants, sans relâche, fendaient la chair humide des flots pour conduire les marchands de la honte vers les endroits les plus reculés pour un commerce sordide : « La traite des noirs ».

Des années durant l’Afrique a assisté, d’une manière impuissante, à la vente de ses fils qui ont atterri, dans la plus grande majorité au pays de l’oncle Sam. C’est dans ce déchirement profond que l’immigration est devenue un phénomène par le biais du fleuve.

Dans ce tumulte de désolation et de misère impitoyable les premiers soupirs de nos ancêtres se sont fait entendre sur les rives du Mississipi.

C’est de cette façon qu’est né le blues.

Au même titre que la Soul music, les blues sont elles aussi d’origine africaine parce que transportées par les noirs qui sont tous venus du vieux continent.

L’eau du Mississipi, en irrigant les milliers d’hectares destinés à la culture du café, du vin, de la banane et du coton, a donné aux noirs l’occasion de se souvenir de leurs origines communes qu’ils ont toujours gardées en mémoire : l’Afrique.

En raison de sa vocation agricole, le Sud-américain, grâce à ce peuple courageux, est devenu prospère. Ces milliers de bras d’hommes et de femmes qui courbent l ‘échine sous le soleil accablant d’Amérique, ont donné à William Christopher Handy, Chuck Berry, Charley Patton, une raison de chanter les blues. C’est dans ces conditions que les blues sont unanimement reconnus comme ayant des origines purement africaines.

La Kora

La Kora

La Kora

Instrument sacré « qui fait parler les morts, éloigne les dangers, donne du courage et porte conseil » la kora a toujours été considérée comme une sorte de divinité « mâle et femelle à la fois ».

Tel un énorme ventre, la ronde calebasse de la kora, tendue d’une peau de bête, fait face au musicien.

Tandis que ses vingt et une cordes sont pincées avec le pouce et l’index. :

  • sept cordes pour le passé,
  • sept cordes pour le présent,
  • sept cordes pour le futur

Les arpèges cristallins de cette harpe de l’Afrique ancienne accompagnaient autrefois les rois, les nobles et les princes.

Ils épousaient le chant des griots, qui récitaient la généalogie des familles et déclamaient les épopées. Aujourd’hui, encore, aucun baptême, aucun mariage ne saurait avoir lieu sans ses cascades de notes.

Toumani Diabaté, grand maître de la kora

La kora est constituée d’une grosse demi-calebasse de 40 à 60 cm de diamètre, évidée et percée d’un trou de 10 cm de diamètre et décorée plus ou moins richement. Elle est recouverte d’une peau de vache, de bœuf, de cerf ou de daim, parcheminée tendue mouillée, qui sert de table d’harmonie et dont dépend l’ampleur du son.

Le manche long d’environ 1 m 20 à 1 m 40 assure la liaison entre les principaux éléments vibrants de la kora (cordes et calebasse) et est fait traditionnellement d’une longue pièce de bois de vène appelée guénou ou guéni (palissandre du Sénégal).

Les cordes de la kora (à l’origine en fibres d’écorces de baobabs) reposent sur un grand chevalet en bois, maintenu sur la peau par la seule pression des cordes dont le nombre est généralement de 21. Cependant, on rencontre parfois des koras équipées de 22 à 28 cordes, notamment en Casamance au Sénégal, et il existe même un modèle spécial de 32 cordes.

On en joue debout ou assis, l’instrument devant soi, le manche bien en face, à hauteur des yeux, et le son est ainsi magique !

Des notes cristallines sculptent le silence.

La musique s’élève, limpide, envoûtante.

Drapé dans un grand boubou scintillant

sous la lumière, devant un public captivé,

Toumani Diabaté

Artiste malien parmi les plus connus au monde, il est l’un des maîtres absolus de la kora, la harpe-luth des griots d’Afrique de l’Ouest, caste des musiciens, chanteurs et passeurs de mémoire à laquelle il appartient.

La Légende 

La légende rapporte que les premières koras étaient jouées par des djinns (esprits surnaturels).

Un jour, le grand roi Soundiata se promenait le long d’un fleuve en compagnie de son ami Balafacé-Kouyaté lorsqu’il entendit pour la première fois cet instrument.

Il s’aventura dans les eaux du fleuve et l’arracha des mains du Génie musicien.

Une fois revenu sur la berge, Soundiata fit résonner la kora puis, ravi, la tendit à son ami qui en joua à son tour.

“C’est encore plus agréable de l’entendre que d’en jouer”, s’exclama Soundiata. Dorénavant tu joueras pour moi.”

C’est ainsi que Balafacé-Kouyaté devint l’ancêtre des griots, poètes, historiens et conteurs qui firent entendre la kora à la cour des empereurs mandingues et transmirent jusqu’à ce jour la mémoire, les batailles et les rêves de leur peuple.

Grand Chambardement

dans l’univers des musiques ouest-africaine !

La kora, l’instrument fétiche des griots, se pare d’une pédale wah-wah pour aller vers des distorsions électriques à la manière de Jimi Hendrix.

Sondiata Keita, le fondateur du puissant empire mandingue (XIIIe et XIVe siècle) doit s’en retourner dans sa tombe.

Car l’instrument, par un simple procédé électrique, de jeunes musiciens ont transformé le son et l’emportent désormais sur les koristes traditionnels !

Ces nouveaux surdoués sont :

  • Ba Cissoko,
  • Ali Boulo,
  • Santo,
  • Djeli Moussa,
  • Toumani Diabaté
Le Bou El Mogdad

Le Bou El Mogdad

L’histoire du Bou, pleine de rebondissements, en fait un navire au destin particulier.

D’abord construit en Hollande pour les « messageries du Sénégal», le Bou El Mogdad assurait, de 1950 à 1970, le transport de marchandises et de personnes entre Saint-Louis et le nord du pays dans la région du fleuve. Cela incluait des transferts via Richard Toll, Rosso, ville frontalière entre la Mauritanie et le Sénégal, Podor, Kaedi, Matam, Bakel, jusqu’à Kayes au Mali.

Caractéristiques

  • 52 mètres de long et 10 mètres de large
  • Coque en acier riveté
  • 2,5 mètres de tirant d’eau
  • 2 moteurs 200 CV Sulzer tournant à 300 t/mn
  • 3 groupes électrogènes
  • 1 barge pouvant accueillir jusqu’à 80 passagers

Baba Sarr attendait ce moment depuis des années.

 

Lorsqu’il a appris le retour du Bou-el-Mogdad sur le fleuve Sénégal, il n’a pas hésité à quitter de nouveau son village et ses neuf enfants pour rejoindre l’équipage du bateau, qui assure la liaison entre Saint-Louis et Podor.

A 74 ans, Baba Sarr a effectué pratiquement tous les voyages de cet ancien navire fleuron des Messageries du Sénégal, mis en service en 1954 pour le transport des passagers et des marchandises et parti jouer les navires de croisière sur d’autres eaux dans les années 1980, en Guinée-Bissau, en Sierra Leone et dans la région sénégalaise du Sine Saloum.

Boubou en coton et chapeau tonkinois vissé sur la tête, Baba tient fièrement la barre au côté du commandant Bakaly Kébé : “C’est mon fleuve, j’y suis né. Il n’y a pas un endroit où je ne me sois pas arrêté, tout le monde me connaît sur les rives.” A chacune des escales sur la route des anciens comptoirs, il retrouve l’effervescence colorée des arrivées à quai dans la clameur des cris d’enfants. 

Le retour du bateau sur les eaux du Sénégal a mobilisé les foules avec la réouverture du pont Faidherbe, cette sorte de tour Eiffel couchée édifiée en 1897 qui relie l’île de Saint-Louis au quartier de Sor et dont la travée tournante était restée immobile pendant près de vingt ans. 

“Le Bou-el-Mogdad pourrait à nouveau servir de lien entre les populations des villages, en assurant comme avant la distribution du courrier, surtout en période d’hivernage, où les routes sont impraticables”, plaide le Saint-Louisien Jean Jacques Bancal, à l’origine, avec d’autres amoureux du fleuve, de la réhabilitation du bateau.

Modifié par de nombreux barrages destinés à endiguer la remontée du sel dans le delta, le Sénégal n’est plus ce fleuve emprunté par “de longues pirogues à éperons, à museau de poisson et à tournure de requin”, décrit dans Le Roman d’un spahi que Pierre Loti rédigea en 1881 quelques années après un séjour à Saint-Louis. 

Le Bou-el-Mogdad est aujourd’hui la seule embarcation de taille à desservir cette portion du plus grand cours d’eau du pays, qui prend sa source dans le Fouta-Djalon, en Guinée. D’où un sentiment d’immensité et de temps suspendu sur ces eaux qui bordent le désert mauritanien, avant de rejoindre l’Atlantique.

C’est sur ce cordon de sable, qui s’étire entre fleuve et océan sur une vingtaine de kilomètres, que se trouve le quartier Guet N’dar, l’un des plus pittoresques de Saint-Louis. Une fois passées les ruelles, où vélomoteurs et carrioles à cheval tentent de se frayer un chemin au milieu des chèvres et des parties de foot improvisées, l’arrivée sur la plage offre un spectacle saisissant. Dans une atmosphère saturée par les odeurs âpres et les fumées troubles de chaudrons bouillonnants, les femmes font sécher au soleil les quelque 30 000 tonnes de poissons ramenés chaque année par les pêcheurs et expédiés une fois transformés vers Dakar.

Une belle histoire d’amour avec ce pays d’accueil, contée par des hommes de cœur, Richard Bohringer et Jean Jacques Bancal.

Ailleurs, le temps semble figé à Saint-Louis, ancienne capitale de l’Afrique occidentale française, où subsistent des témoignages des heures sombres de l’esclavage. Les façades rongées par le sel rappellent le passé colonial, comme l’ancienne demeure des sœurs de Cluny, rue Blaise-Dumont, et son escalier à double révolution, qui servit de décor au film Coup de torchon de Bertrand Tavernier ou encore l’Hôtel de la Poste, escale favorite de l’aviateur Mermoz aux grandes heures de l’Aéropostale. Même si Saint-Louis est inscrite depuis six ans au Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco, sa rénovation peine à démarrer.

Plus haut sur le fleuve, le périple se poursuit vers les villages wolofs de Dagana et de Richard Toll, d’anciens comptoirs jadis réputés pour le commerce de la gomme arabique convoyée en caravane à travers le désert de Mauritanie. 

Richard Toll (le jardin de Richard, en wolof) tient son nom d’un fonctionnaire français qui tenta quelques expériences agricoles auprès du baron Roger, gouverneur civil de 1822 à 1827. 

Avec ses colonnades néoclassiques envahies par les mauvaises herbes et sa façade décrépite, la folie édifiée par le baron a le charme de ces vieilles bâtisses léchées par les vents qui tentent péniblement de résister aux années.

Le silence des lieux contraste avec l’animation de cette bourgade industrieuse de 60 000 habitants, dont près du quart travaillent pour la Compagnie sucrière sénégalaise.

Il faut se promener dans les quelque 8 000 hectares de la plantation sucrière pour assister au brûlage des cannes dans des vapeurs sucrées. Un parfum caramélisé qui reste en mémoire jusqu’à l’arrivée à Podor, où le fort de terre ocre joue les citadelles fantômes aux marges sahéliennes du fleuve.

Pendant toutes les années 50, le Bou el Mogdad est l’un des seuls moyens de communication entre Saint-Louis et les populations reculées du nord du pays, pour lesquelles ses allers-retours sont vitaux.

A la fin des années 60, le réseau routier progresse, les villages deviennent plus accessibles, le bateau moins utile, et le voilà qui commence tristement à rouiller à quai.  Pas pour longtemps.

En 1972, Georges Console le rachète, pour assurer le transport de fret dans un premier temps, puis de touristes vers 1978, dès l’avènement des voyages de loisirs.

Bien sûr, les populations locales, et notamment les élèves du lycée Faidherbe, continuent de l’emprunter régulièrement. Avec ce personnage haut en couleur pour propriétaire, le bateau forge sa légende : il connaît des heures de gloire avec la distribution d’aide alimentaire pendant les grandes sécheresses, transporte des médicaments, des lunettes, mais manque aussi de couler en Guinée-Bissau, et sera entièrement pillé en Sierra Leone…

Bref, après avoir transporté des milliers de passagers, Georges Console consent, en juillet 2005, à vendre son bien le plus précieux à Jean-Jacques Bancal, Saint-Louisien français et sénégalais, connu de tous dans la région, et à ses associés.

Trois mois de carénage à Dakar et le voilà qui revient au berceau, le 16 octobre 2005, devant toute la population de Saint-Louis massée sur ses quais. Ce jour-là, le pont Faidherbe – symbole de la ville –, fermé depuis plus de vingt ans, a pivoté lentement afin de laisser passer Sa Majesté le Bou. Les deux puissants coups de sirène retentirent : tout était rentré dans l’ordre.

Teuf, teuf, teuf, teuf, teuf…

Voilà Richard-Toll, la ville de la canne à sucre, qui doit son nom à un horticulteur français.

De novembre à juin, les champs environnants sont volontairement brûlés avant la coupe, provoquant de spectaculaires embrasements.

Puis Dagana, ancienne ville-frontière du royaume wolof, qui vivait du commerce de la gomme arabique, assoupie le long de ses quais plantés de très vieux fromagers. Dans le quartier de l’Escale, les femmes lavent le linge à même le fleuve au pied des escaliers, les enfants jouent dans le sable à leurs côtés, un vieil homme pêche de petits poissons à l’épervier… 

Enfin Podor et ses belles maisons de commerce du XIXe siècles alignés le long du fleuve, magasin au rez-de-chaussée, logement à l’étage, certaines retapées avec goût. Les vestiges d’un fort alimentent les souvenirs d’une époque lointaine où officiers français, tirailleurs sénégalais et populations locales partageaient la même vie simple de ces anciens comptoirs perdus à l’intérieur des terres d’Afrique.

Nous sommes au terme de notre navigation de 215 kilomètres. Magnifique navigation sur le fleuve Sénégal.

Teuf, teuf, teuf, teuf, teuf… 

Un léger panache noir sort de l’imposante cheminée vermillon du vieux navire, vite évaporé dans un ciel céruléen parfaitement serein.  Comme chaque dimanche, le Bou el Mogdad a quitté le quai Roume de Saint-Louis vers 6 heures du matin, ses maisons basses et de couleur ocre dévorées de bougainvilliers, ses trottoirs incrustés de coquillages blancs et ses rues tracées au cordeau, où se faufilent encore les fantômes de Loti, Mermoz, et des belles signares. Bateau mythique des Saint-Louisiens, leur enfant chéri, silhouette familière et vieille dame respectée qui, dès 1951, assurait le trafic de marchandises, de courrier et de passagers de Saint-Louis à Kayes, au Mali, pour le compte des Messageries du Sénégal.

A lui, la charge d’assurer une navigation fine dans les innombrables boucles de ce fleuve de 1 700 kilomètres de long, qui prend naissance dans le Fouta-Djalon en Guinée, de déjouer les pièges de l’étiage (niveau le plus bas), des courants et des bancs de sable.

A aucun moment, nous ne croiserons une autre embarcation de taille, tout juste ces « longues pirogues à éperon, à museau de poisson et à tournure de requin», déjà observées par Pierre Loti. Aussi, à maintes reprises, le Bou à l’escale s’ancrera au beau milieu du fleuve, dans le lit du courant, sans jamais se soucier de gêner : nul autre navire ne circule sur ses eaux vertes.

Passé le barrage de Diama, à 20 kilomètres au nord de la ville, le fleuve suit paresseusement son cours jusqu’à l’embouchure du Djoudj, une rivière qui constitue le premier point d’eau douce rencontré par les oiseaux après la longue traversée du Sahara. 

Troisième réserve ornithologique au monde classée au Patrimoine mondial de l’Unesco en 1980, le parc national du Djoudj accueille plus de trois millions d’oiseaux venus hiverner entre novembre et avril. Il faut approcher les marécages en pirogue aux premières lueurs de l’aube, lorsque le ciel mauve caresse les étendues de joncs, pour observer à loisir la chorégraphie des ibis noirs, hérons cendrés, cigognes, oies de Gambie, aigles pêcheurs et autres canards siffleurs.  On a recensé 365 espèces dans la cuvette du Djoudj.

Au loin, on aperçoit les potamochères détaler derrière les mangroves, tandis que les frêles jacanas glissent gracieusement sur les nénuphars et la salade d’eau. 

La vision la plus étourdissante est celle des colonies de pélicans qui forment une marée blanche et orange à perte de vue.