La Kora

La Kora

La Kora

Instrument sacré « qui fait parler les morts, éloigne les dangers, donne du courage et porte conseil » la kora a toujours été considérée comme une sorte de divinité « mâle et femelle à la fois ».

Tel un énorme ventre, la ronde calebasse de la kora, tendue d’une peau de bête, fait face au musicien.

Tandis que ses vingt et une cordes sont pincées avec le pouce et l’index. :

  • sept cordes pour le passé,
  • sept cordes pour le présent,
  • sept cordes pour le futur

Les arpèges cristallins de cette harpe de l’Afrique ancienne accompagnaient autrefois les rois, les nobles et les princes.

Ils épousaient le chant des griots, qui récitaient la généalogie des familles et déclamaient les épopées. Aujourd’hui, encore, aucun baptême, aucun mariage ne saurait avoir lieu sans ses cascades de notes.

Toumani Diabaté, grand maître de la kora

La kora est constituée d’une grosse demi-calebasse de 40 à 60 cm de diamètre, évidée et percée d’un trou de 10 cm de diamètre et décorée plus ou moins richement. Elle est recouverte d’une peau de vache, de bœuf, de cerf ou de daim, parcheminée tendue mouillée, qui sert de table d’harmonie et dont dépend l’ampleur du son.

Le manche long d’environ 1 m 20 à 1 m 40 assure la liaison entre les principaux éléments vibrants de la kora (cordes et calebasse) et est fait traditionnellement d’une longue pièce de bois de vène appelée guénou ou guéni (palissandre du Sénégal).

Les cordes de la kora (à l’origine en fibres d’écorces de baobabs) reposent sur un grand chevalet en bois, maintenu sur la peau par la seule pression des cordes dont le nombre est généralement de 21. Cependant, on rencontre parfois des koras équipées de 22 à 28 cordes, notamment en Casamance au Sénégal, et il existe même un modèle spécial de 32 cordes.

On en joue debout ou assis, l’instrument devant soi, le manche bien en face, à hauteur des yeux, et le son est ainsi magique !

Des notes cristallines sculptent le silence.

La musique s’élève, limpide, envoûtante.

Drapé dans un grand boubou scintillant

sous la lumière, devant un public captivé,

Toumani Diabaté

Artiste malien parmi les plus connus au monde, il est l’un des maîtres absolus de la kora, la harpe-luth des griots d’Afrique de l’Ouest, caste des musiciens, chanteurs et passeurs de mémoire à laquelle il appartient.

La Légende 

La légende rapporte que les premières koras étaient jouées par des djinns (esprits surnaturels).

Un jour, le grand roi Soundiata se promenait le long d’un fleuve en compagnie de son ami Balafacé-Kouyaté lorsqu’il entendit pour la première fois cet instrument.

Il s’aventura dans les eaux du fleuve et l’arracha des mains du Génie musicien.

Une fois revenu sur la berge, Soundiata fit résonner la kora puis, ravi, la tendit à son ami qui en joua à son tour.

“C’est encore plus agréable de l’entendre que d’en jouer”, s’exclama Soundiata. Dorénavant tu joueras pour moi.”

C’est ainsi que Balafacé-Kouyaté devint l’ancêtre des griots, poètes, historiens et conteurs qui firent entendre la kora à la cour des empereurs mandingues et transmirent jusqu’à ce jour la mémoire, les batailles et les rêves de leur peuple.

Grand Chambardement

dans l’univers des musiques ouest-africaine !

La kora, l’instrument fétiche des griots, se pare d’une pédale wah-wah pour aller vers des distorsions électriques à la manière de Jimi Hendrix.

Sondiata Keita, le fondateur du puissant empire mandingue (XIIIe et XIVe siècle) doit s’en retourner dans sa tombe.

Car l’instrument, par un simple procédé électrique, de jeunes musiciens ont transformé le son et l’emportent désormais sur les koristes traditionnels !

Ces nouveaux surdoués sont :

  • Ba Cissoko,
  • Ali Boulo,
  • Santo,
  • Djeli Moussa,
  • Toumani Diabaté
Le Bou El Mogdad

Le Bou El Mogdad

L’histoire du Bou, pleine de rebondissements, en fait un navire au destin particulier.

D’abord construit en Hollande pour les « messageries du Sénégal», le Bou El Mogdad assurait, de 1950 à 1970, le transport de marchandises et de personnes entre Saint-Louis et le nord du pays dans la région du fleuve. Cela incluait des transferts via Richard Toll, Rosso, ville frontalière entre la Mauritanie et le Sénégal, Podor, Kaedi, Matam, Bakel, jusqu’à Kayes au Mali.

Caractéristiques

  • 52 mètres de long et 10 mètres de large
  • Coque en acier riveté
  • 2,5 mètres de tirant d’eau
  • 2 moteurs 200 CV Sulzer tournant à 300 t/mn
  • 3 groupes électrogènes
  • 1 barge pouvant accueillir jusqu’à 80 passagers

Baba Sarr attendait ce moment depuis des années.

 

Lorsqu’il a appris le retour du Bou-el-Mogdad sur le fleuve Sénégal, il n’a pas hésité à quitter de nouveau son village et ses neuf enfants pour rejoindre l’équipage du bateau, qui assure la liaison entre Saint-Louis et Podor.

A 74 ans, Baba Sarr a effectué pratiquement tous les voyages de cet ancien navire fleuron des Messageries du Sénégal, mis en service en 1954 pour le transport des passagers et des marchandises et parti jouer les navires de croisière sur d’autres eaux dans les années 1980, en Guinée-Bissau, en Sierra Leone et dans la région sénégalaise du Sine Saloum.

Boubou en coton et chapeau tonkinois vissé sur la tête, Baba tient fièrement la barre au côté du commandant Bakaly Kébé : “C’est mon fleuve, j’y suis né. Il n’y a pas un endroit où je ne me sois pas arrêté, tout le monde me connaît sur les rives.” A chacune des escales sur la route des anciens comptoirs, il retrouve l’effervescence colorée des arrivées à quai dans la clameur des cris d’enfants. 

Le retour du bateau sur les eaux du Sénégal a mobilisé les foules avec la réouverture du pont Faidherbe, cette sorte de tour Eiffel couchée édifiée en 1897 qui relie l’île de Saint-Louis au quartier de Sor et dont la travée tournante était restée immobile pendant près de vingt ans. 

“Le Bou-el-Mogdad pourrait à nouveau servir de lien entre les populations des villages, en assurant comme avant la distribution du courrier, surtout en période d’hivernage, où les routes sont impraticables”, plaide le Saint-Louisien Jean Jacques Bancal, à l’origine, avec d’autres amoureux du fleuve, de la réhabilitation du bateau.

Modifié par de nombreux barrages destinés à endiguer la remontée du sel dans le delta, le Sénégal n’est plus ce fleuve emprunté par “de longues pirogues à éperons, à museau de poisson et à tournure de requin”, décrit dans Le Roman d’un spahi que Pierre Loti rédigea en 1881 quelques années après un séjour à Saint-Louis. 

Le Bou-el-Mogdad est aujourd’hui la seule embarcation de taille à desservir cette portion du plus grand cours d’eau du pays, qui prend sa source dans le Fouta-Djalon, en Guinée. D’où un sentiment d’immensité et de temps suspendu sur ces eaux qui bordent le désert mauritanien, avant de rejoindre l’Atlantique.

C’est sur ce cordon de sable, qui s’étire entre fleuve et océan sur une vingtaine de kilomètres, que se trouve le quartier Guet N’dar, l’un des plus pittoresques de Saint-Louis. Une fois passées les ruelles, où vélomoteurs et carrioles à cheval tentent de se frayer un chemin au milieu des chèvres et des parties de foot improvisées, l’arrivée sur la plage offre un spectacle saisissant. Dans une atmosphère saturée par les odeurs âpres et les fumées troubles de chaudrons bouillonnants, les femmes font sécher au soleil les quelque 30 000 tonnes de poissons ramenés chaque année par les pêcheurs et expédiés une fois transformés vers Dakar.

Une belle histoire d’amour avec ce pays d’accueil, contée par des hommes de cœur, Richard Bohringer et Jean Jacques Bancal.

Ailleurs, le temps semble figé à Saint-Louis, ancienne capitale de l’Afrique occidentale française, où subsistent des témoignages des heures sombres de l’esclavage. Les façades rongées par le sel rappellent le passé colonial, comme l’ancienne demeure des sœurs de Cluny, rue Blaise-Dumont, et son escalier à double révolution, qui servit de décor au film Coup de torchon de Bertrand Tavernier ou encore l’Hôtel de la Poste, escale favorite de l’aviateur Mermoz aux grandes heures de l’Aéropostale. Même si Saint-Louis est inscrite depuis six ans au Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco, sa rénovation peine à démarrer.

Plus haut sur le fleuve, le périple se poursuit vers les villages wolofs de Dagana et de Richard Toll, d’anciens comptoirs jadis réputés pour le commerce de la gomme arabique convoyée en caravane à travers le désert de Mauritanie. 

Richard Toll (le jardin de Richard, en wolof) tient son nom d’un fonctionnaire français qui tenta quelques expériences agricoles auprès du baron Roger, gouverneur civil de 1822 à 1827. 

Avec ses colonnades néoclassiques envahies par les mauvaises herbes et sa façade décrépite, la folie édifiée par le baron a le charme de ces vieilles bâtisses léchées par les vents qui tentent péniblement de résister aux années.

Le silence des lieux contraste avec l’animation de cette bourgade industrieuse de 60 000 habitants, dont près du quart travaillent pour la Compagnie sucrière sénégalaise.

Il faut se promener dans les quelque 8 000 hectares de la plantation sucrière pour assister au brûlage des cannes dans des vapeurs sucrées. Un parfum caramélisé qui reste en mémoire jusqu’à l’arrivée à Podor, où le fort de terre ocre joue les citadelles fantômes aux marges sahéliennes du fleuve.

Pendant toutes les années 50, le Bou el Mogdad est l’un des seuls moyens de communication entre Saint-Louis et les populations reculées du nord du pays, pour lesquelles ses allers-retours sont vitaux.

A la fin des années 60, le réseau routier progresse, les villages deviennent plus accessibles, le bateau moins utile, et le voilà qui commence tristement à rouiller à quai.  Pas pour longtemps.

En 1972, Georges Console le rachète, pour assurer le transport de fret dans un premier temps, puis de touristes vers 1978, dès l’avènement des voyages de loisirs.

Bien sûr, les populations locales, et notamment les élèves du lycée Faidherbe, continuent de l’emprunter régulièrement. Avec ce personnage haut en couleur pour propriétaire, le bateau forge sa légende : il connaît des heures de gloire avec la distribution d’aide alimentaire pendant les grandes sécheresses, transporte des médicaments, des lunettes, mais manque aussi de couler en Guinée-Bissau, et sera entièrement pillé en Sierra Leone…

Bref, après avoir transporté des milliers de passagers, Georges Console consent, en juillet 2005, à vendre son bien le plus précieux à Jean-Jacques Bancal, Saint-Louisien français et sénégalais, connu de tous dans la région, et à ses associés.

Trois mois de carénage à Dakar et le voilà qui revient au berceau, le 16 octobre 2005, devant toute la population de Saint-Louis massée sur ses quais. Ce jour-là, le pont Faidherbe – symbole de la ville –, fermé depuis plus de vingt ans, a pivoté lentement afin de laisser passer Sa Majesté le Bou. Les deux puissants coups de sirène retentirent : tout était rentré dans l’ordre.

Teuf, teuf, teuf, teuf, teuf…

Voilà Richard-Toll, la ville de la canne à sucre, qui doit son nom à un horticulteur français.

De novembre à juin, les champs environnants sont volontairement brûlés avant la coupe, provoquant de spectaculaires embrasements.

Puis Dagana, ancienne ville-frontière du royaume wolof, qui vivait du commerce de la gomme arabique, assoupie le long de ses quais plantés de très vieux fromagers. Dans le quartier de l’Escale, les femmes lavent le linge à même le fleuve au pied des escaliers, les enfants jouent dans le sable à leurs côtés, un vieil homme pêche de petits poissons à l’épervier… 

Enfin Podor et ses belles maisons de commerce du XIXe siècles alignés le long du fleuve, magasin au rez-de-chaussée, logement à l’étage, certaines retapées avec goût. Les vestiges d’un fort alimentent les souvenirs d’une époque lointaine où officiers français, tirailleurs sénégalais et populations locales partageaient la même vie simple de ces anciens comptoirs perdus à l’intérieur des terres d’Afrique.

Nous sommes au terme de notre navigation de 215 kilomètres. Magnifique navigation sur le fleuve Sénégal.

Teuf, teuf, teuf, teuf, teuf… 

Un léger panache noir sort de l’imposante cheminée vermillon du vieux navire, vite évaporé dans un ciel céruléen parfaitement serein.  Comme chaque dimanche, le Bou el Mogdad a quitté le quai Roume de Saint-Louis vers 6 heures du matin, ses maisons basses et de couleur ocre dévorées de bougainvilliers, ses trottoirs incrustés de coquillages blancs et ses rues tracées au cordeau, où se faufilent encore les fantômes de Loti, Mermoz, et des belles signares. Bateau mythique des Saint-Louisiens, leur enfant chéri, silhouette familière et vieille dame respectée qui, dès 1951, assurait le trafic de marchandises, de courrier et de passagers de Saint-Louis à Kayes, au Mali, pour le compte des Messageries du Sénégal.

A lui, la charge d’assurer une navigation fine dans les innombrables boucles de ce fleuve de 1 700 kilomètres de long, qui prend naissance dans le Fouta-Djalon en Guinée, de déjouer les pièges de l’étiage (niveau le plus bas), des courants et des bancs de sable.

A aucun moment, nous ne croiserons une autre embarcation de taille, tout juste ces « longues pirogues à éperon, à museau de poisson et à tournure de requin», déjà observées par Pierre Loti. Aussi, à maintes reprises, le Bou à l’escale s’ancrera au beau milieu du fleuve, dans le lit du courant, sans jamais se soucier de gêner : nul autre navire ne circule sur ses eaux vertes.

Passé le barrage de Diama, à 20 kilomètres au nord de la ville, le fleuve suit paresseusement son cours jusqu’à l’embouchure du Djoudj, une rivière qui constitue le premier point d’eau douce rencontré par les oiseaux après la longue traversée du Sahara. 

Troisième réserve ornithologique au monde classée au Patrimoine mondial de l’Unesco en 1980, le parc national du Djoudj accueille plus de trois millions d’oiseaux venus hiverner entre novembre et avril. Il faut approcher les marécages en pirogue aux premières lueurs de l’aube, lorsque le ciel mauve caresse les étendues de joncs, pour observer à loisir la chorégraphie des ibis noirs, hérons cendrés, cigognes, oies de Gambie, aigles pêcheurs et autres canards siffleurs.  On a recensé 365 espèces dans la cuvette du Djoudj.

Au loin, on aperçoit les potamochères détaler derrière les mangroves, tandis que les frêles jacanas glissent gracieusement sur les nénuphars et la salade d’eau. 

La vision la plus étourdissante est celle des colonies de pélicans qui forment une marée blanche et orange à perte de vue.

L’Île à Morphil

L’Île à Morphil

Podor est aux portes de l’Ile à Morphil.

L’ïle à Morphil est une grande bande de terre plus ou moins marécageuse, enfermée entre le fleuve Sénégal au nord et le marigot du Doué au sud, qui conserve des villages typiques. 

Leurs mosquées anciennes, construction en terre centenaires, sont le témoignage de l’empire Toucouleur constitué par El Hadj Omar Tall, natif d’Alwar.

Morphil signifie : défense d’éléphant. Autrefois, il y avait des éléphants dans la région et, sur l’île, un cimetière d’éléphants. D’où le nom qui lui a été donné.

   Légende 

 36 – Podor, le fort                 37 – Podor, les Quais               38 – Île à Morphil,  la mosquée de Donaye
 39 – Île à Morphil, la Mosquée de Guédé            40 – Île à Morphil, Maison natale  d’El Hadj Omar Tall
 41 – Île à Morphil, la Mosquée d’Alwar               42 – Île à Morphil, la Mosquée de Mboyo
 43 – Médina Ouro-Mahdyou, le Mausolée

Cette région est encore très authentique avec son habitat en banco et ses traditions fortement ancrées. Elle est parsemée de vestiges d’une histoire mouvementée au cours de laquelle Islam et colonisation se sont confrontés.

Un parcours thématique permet de découvrir les vestiges de ce passé toujours bien conservé par la tradition orale, un art de vivre et un artisanat encore très marqué par les coutumes.

Un fort, une escale

  • Dès  1744,  les français  occupent le  site de Podor avec  la  construction  d’un  premier fort  par le gouverneur de  la concession du Sénégal, Pierre Barthélémy David, au profit de la Compagnie des Indes.
  • 1758-1783 : occupation du site par les anglais, puis abandon du fort tombé en désuétude suite à la décadence du commerce.
  • 1853-1854 : expédition militaire dans le Fouta pendant laquelle Podor est prise d’assaut.
  • en mars 1854 le drapeau français flotte sur les ruines de l’ancien fort.
  • Du 27 mars au 1er mai, le capitaine de génie Faidherbe restaure l’enceinte et l’équipe de baraquements provisoires en attendant la construction des bâtiments intérieurs vers 1860. Devenu général, Faidherbe, promu par deux fois gouverneur du Sénégal, laissera une profonde empreinte encore reconnue aujourd’hui.

Ce Fort assurait la mainmise militaire et administrative des français sur le Fouta.

Il permit aussi aux commerçants St-Louisiens et aux négociants européens de développer l’Escale, au sud du Fort. En bordure du fleuve, c’était un alignement de maisons aux murs ocres, faisant face à la Mauritanie et ouvertes à l’arrière sur la rue commerçante. Aujourd’hui, le long des quais empierrés, à l’ombre des cailcédrats centenaires, ce quartier original et majestueux témoigne de l’importance exceptionnelle du commerce traditionnel de mil, gomme arabique, ambre, venus de Mauritanie par caravanes.

Les produits étaient ensuite chargés sur les bateaux qui redescendaient le fleuve jusqu’à St-Louis, d’où l’expression « Podor entre caravelles et caravanes ».

Mémoire et Traditions Tioubalo 

A cinq kilomètres environ de la ville de Podor, face à la Mauritanie, Ngawlé est un village musée construit en banco. Site ombragé au bord du fleuve Sénégal, Ngawlé garde encore ses traditions et préserve les valeurs authentiques du peuple Toucouleur.

A coté de revenus agricoles, les habitants ont su conserver des techniques de pêches ancestrales et une organisation sociale particulière, où le pouvoir de décision relève d’un conseil de sages dirigé par le chef de village.

Les habitants sont avant tout des pêcheurs, « Tioubalo » en langue halpulaar. L’eau et la terre sont liées à l’origine du village et à la personnalité de son fondateur : le célèbre pêcheur Moussa Boukari Sarr. Les exploits de ce dernier et ceux de sa fille, la mystérieuse Penda Sarr, sont l’objet de récits oraux qui mettent en exergue une connaissance mystique des « génies » du fleuve, incarnés en caïmans, lamentins ou hippopotames.

La fête du « pekan » demeure l’une des spécialités du village de Ngawlé. Pékan signifie littéralement « montre ce dont tu es capable ». Il s’agit de chants poétiques déclamés par des initiés ayant une connaissance ésotérique avérée de la nature et des secrets du fleuve. . Ces soirées sont l’occasion de confrontations de savoir entre plusieurs familles. Elles s’organisent sur la place du village en période faste, généralement à la fin des récoltes.

Artisanat et Société Traditionnelle 

La société halpulaar est basée sur une hiérarchie très marquée, présentée comme un ordre naturel.

La population se divise en deux grands groupes :

  • les « Rimbés » ou nobles
  • et les « Rimbaybés » ou non-nobles c’est à dire les castes. Subsistent également encore les « Matioubés », attachés au service des familles d’anciens maîtres.

Comme dans plusieurs sociétés traditionnelles, la caste renvoie à un métier et à des pratiques. Elle explique souvent le comportement et les aspirations de l’individu et détermine les rapports entre les différentes strates de la société. Ces liens sont relativisés dans les villes mais demeurent encore vivaces dans les campagnes où artisans et griots sont les garants de la tradition.

Dans la région de Podor, l’artisanat très présent produit des objets traditionnels avec un outillage rudimentaire compensé par des savoirs-faire transmis de génération en génération.

  • Les cordonniers fabriquent babouches, nu-pieds, bottes, étuis de couteaux, frondes, … à partir des peaux tannées et parfois teintées.
  • Les tisserands utilisent un métier à tisser en bois appelé     « maaba » et des fils de toutes les couleurs pour réaliser des bandes de tissus aux motifs anciens ou d’inspiration propre. Ces bandes sont ensuite vendues aux teinturières et aux couturières qui les assemblent pour confectionner des habits de fête.
  • Les teinturières recouraient autrefois à l’emploi de plantes: indogotier, noix de cola, écorces d’acacia séal, graines d’arachide, pour colorer les tissus. De plus en lus souvent, elles utilisent des couleurs synthétiques aux teintes plus variées. Elles achètent également des tissus blancs à Dakar ou en Mauritanie voisine, et pratiquent la sérigraphie, le batik d’art, le tampon en guise de décoration. L’originalité et la qualité du travail différencient les groupements.
  • Les potières se servent de la terre pour produire des canaris, des pots et des encensoirs. Le mode de fabrication est dit « au colombin », sans moulage préalable du fond. La décoration est propre à chaque famille.

A Ndiayène Pendao, village situé entre les dunes à quelques kilomètres de Taredji, les femmes proposent des nattes de roseau qu’elles ont ingénieusement tressées avec des fines lanières en cuir selon la coutume maure.

Des Mosquées Omariennes et une Histoire mouvementée 

Le Fouta a été le théâtre de la résistance des Toucouleur à la colonisation et certains villages sont célèbres, soit par des faits historiques qui s’y sont déroulés, soit par des chefs locaux qui y ont vécu et qui se sont illustrés dans la contestation.

Un des plus célèbres résistants fut El Hadj Omar Tall. Il se lance dès 1854 dans une longue guerre contre le colonisateur français. Il crée l’empire Toucouleur et installe son fils Ahmadou en 1859 sur le trône de Ségou. Natif d’Alwar en 1794, il meurt en 1864, on peut y voir sa maison natale et la chambre de retraite spirituelle où il s’isola avant d ‘appeler à la conquête. 

Cheikh Amadou né Amadou Mahdyou Bâ, dont le diminutif est « Mahdi », fut un réformateur religieux, contemporain d’El Hadj Omar. Il se sentit investi de la mission de combattre « les hypocrites qui collaborent avec les français ». Il créa le village d’Ouro Mahdyou.

Dès le début du XIXème siècle. Les Toucouleur s’opposèrent aux convois français sur le fleuve et leur hostilité retarda la colonisation. A partir de 1852, les habitants de Dimat, un des villages les plus anciens du Fouta, résistèrent aux troupes de Faidherbe. Au cours d’une de ces batailles, les Toucouleur s’emparèrent de quelques canons qu’ils enterrèrent dans le cimetière. Il en reste encore un sur la tombe de l’Almami Emimane Seydou Kane, fondateur du village. Plus anciennement, au XVème siècle, Guédé, du fait de sa position stratégique, était la capitale du Toro où l’on couronnait les rois Lam Toro. 

Au cœur des villages en terre de l’île à Morphil, les ruelles étroites s’entrelacent jusqu’à la mosquée omarienne construite en brique de terre séchée et recouverte d’un crépi de même matériau, en parfaite harmonie avec l’architecture locale. Le plan d’une mosquée omarienne est celui d’un bâtiment rectangulaire dont les angles et quelques fois le milieu des façades sont constitués de contreforts massifs dépassant en hauteur le toit en terrasse et rappelant la forme en obus du style soudannais. Le minaret, également en brique, surmonte le toit. Ces édifices plus que centenaire, d’entretien difficile, ont été détruits pour la plupart. Heureusement quelques-uns ont résisté aux aléas du temps.

  • La mosquée d’Alwar est considérée comme la plus ancienne du Fouta. Elle fut construite vers la 2ème moitié du XVIIIème siècle. C’est là où venait prier El Hadj Omar Tall, natif des lieux.
  • La mosquée de Donaye, la plus grande de toutes, fut édifiée vers 1870 par les Toucouleur revenus au pays après la chute de leur empire.
  • La mosquée de Guédé, plus rafinée, présente des tourelles d’angle au sommet conique et des linteaux de porte décorés de dessins géométriques.
  • La mosquée de Mboyo est également d’une architecture apprentée à celles des mosquées de la boucle du Niger.
  • Plus loin, à Wouro Mahdihou, Amadou Maydyou Bâ repose dans un mausolée d’inspration marocaine.

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La Tabaski

La Tabaski

La Tabaski ou encore ” Aïd El Kebir” communément appelée la fête du mouton.

Elle perpétue une tradition selon laquelle le prophète Ibrahima ou encore Abraham avait reçu l’ordre de sacrifier son fils Ismaël. Sa conviction religieuse et sa foi aidant, il prend son fils Ismaël par la main et se dirige vers la montagne pour exécuter l’ordre du tout puissant.

Au moment de s’exécuter Dieu envoie l’Ange Gabriel (Djibril) qui remplace l’enfant obéissant par un grand bélier tout blanc. Depuis, les musulmans sur recommandation du Prophète Mouhamed (PSL) font annuellement ce sacrifice en commémoration de la foi du Prophète Ibrahima grandpère de Mouhamed.

Tout musulman majeur ayant la possibilité de payer un bélier, une brebis, un bouc ou une chèvre doit exécuter le sacrifice pour soit même et pour toute sa famille. Les Sénégalais de la capitale rentrent dans leur village. Les villes connaissent leur plus grand embouteillages de l’année. Les marchés aux moutons (Daaral) sont bondés, on trouve de petits enclos de moutons à même le trottoir.

Généralement c’est le chef de famille qui sacrifie au nom de toute sa famille.

La date est repérée par le calendrier musulman qui suit le mois lunaire. 

Le jour de la Tabaski tôt le matin les jeunes garçons conduisent les bêtes à sacrifier au fleuve pour un bain rituel qui a pour objectif de purifier l’animal. Ce bain peut se faire aussi à la maison.

Vers neuf heures les hommes et les femmes (ayant dépassées la ménopause) se rendent à la mosquée pour la prière de “Ait El Kebir”. Cette prière est dirigée par l’Imam de la mosquée et elle est composée de deux Rakas (2 prières).

Après cette prière l’Imam fait la khoutba (sermon ou prône) qui sera axée sur l’actualité.

A la fin de son speech l’Imam égorge son bélier devant le publique et donne l’ordre aux autres une fois à la maison de faire de même.

De retour à la maison chaque père de famille égorge son bélier, le dépece puis le découpe selon un rituel précis et ainsi la fête commence.Tout ce mange dans le mouton même la tête et les pattes. Tout est utile, même la peau, dont on fait des sacs et des tapis de prière. C’est l’occasion pour les plus nantis d’aider les plus pauvres.

C’est une journée de solidarité durant laquelle chacun doit manger à sa faim.

L’après-midi place aux enfants qui, habillés de leurs plus beaux boubous achetés par les parents pour l’occasion, font le tour des maisons pour chercher des étrennes.

Les adultes aussi font le tour des maisons pour se souhaiter des lendemains meilleurs et longue vie tout en demandant pardon pour d’éventuels tords commis par inadvertance.

La fête dure trois jours, le temps de finir le mouton

TIMBUKTU

TIMBUKTU

En avril 2012, la ville de Tombouctou tomba aux mains des djihadistes, qui soumirent la population à la loi islamique, jusqu’à l’intervention des militaires français et maliens, en janvier 2013.

Avec une réactivité digne de Hollywood, où l’actualité brûlante est vite recyclée en sujet de film, le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako reconstitue cette occupation pour le grand écran. Il le fait avec une formidable liberté. Timbuktu n’a rien de ces films à chaud, mimant l’urgence d’une réalité bouleversée. C’est une oeuvre réfléchie qui affirme ses choix, souvent audacieux. 

Une oeuvre de courage.

Une gazelle s’enfuit, poursuivie par des djihadistes dans une jeep. Des masques africains traditionnels se brisent sous les balles.

Dès les premières images, Sissako, qui a un oeil d’esthète (Bamako, 2006), parle dans un langage visuel, symbolique et universel.

Un Touareg qui vit avec sa femme et sa fille dans les dunes, près de Tombouctou, incarne le bonheur, l’harmonie presque trop parfaitement. Mais autour d’eux, les autres tentes ont disparu : la terreur a fait le vide. L’image du bonheur est donc aussi l’image d’une résistance.

Comme celle de ce groupe d’amis qui, dans la nuit, chantent et font de la musique. La scène prend une valeur exemplaire :

  • gratter une guitare, c’est braver l’interdit de la loi islamique.
  • fredonner une chanson, c’est un cri d’indépendance.

“Les extrémistes religieux ont rendu la population de Tombouctou héroïque”, nous dit Sissako.

D’une femme qui vendait des poissons dans les rues, ils ont fait une allégorie de la liberté : parce qu’elle a refusé de se soumettre à leur pouvoir et de couvrir ses mains.

La logique des représentations traditionnelles s’inverse : les asservis sont montrés avec grandeur, comme des icônes, et les oppresseurs sont, eux, des figures presque banales. L’un d’entre eux, Abdelkrim, est un homme en conflit avec les interdits qu’il est chargé de faire respecter et avec les désirs qu’il est censé condamner. Il se cache pour fumer, il convoite une femme mariée qu’il courtise comme un adolescent maladroit et ridicule.

Faire des fanatiques des histrions de comédie, c’est leur infliger une gifle magistrale. Dans la guerre de l’organisation de l’Etat islamique, les images des combattants (notamment français) sont des outils de propagande. Dans Timbuktu, le pouvoir de ces images est brisé : les guerriers ne sont que des pantins.

Depuis sa présentation à Cannes, où le jury l’a incompréhensiblement ignoré, le film paraît avoir encore gagné en pertinence. Chaque plan ruine l’entreprise de terreur des djihadistes. Sans, pourtant, mésestimer leur pouvoir. Quand l’horreur surgit (la lapidation), elle est repoussée par une scène étonnante où Abdelkrim, envoûté peut-être par une magicienne de la ville, dépose les armes et se met à danser, à faire l’oiseau.

Aux barbares obnubilés par des sacrilèges minuscules (un ourlet de pantalon trop court ou trop long), le film oppose une vision plus vaste.

Une interrogation sur l’humanité et la violence. Au milieu d’une étendue d’eau dans le désert, un homme en tue un autre et ce crime n’a rien à voir avec l’islam. Dans ce décor presque biblique, c’est une haine et un meurtre à la Caïn et Abel qui ont surgi, vieux comme le monde.

Heureusement, des lois, des valeurs demeurent pour celui qui reconnaît sa faute, pour celui qui pardonne.

“La sauvagerie n’est jamais devenue la norme. Toutes les tyrannies ont été combattues et celle des djihadistes ne triomphera pas”, affirme Sissako. Qui admet seulement leur pouvoir de nous jeter dans un monde chaotique : il le décrit sur le ton de la fable à travers l’histoire d’une vache perdue, qui s’appelait GPS… Pour nous aider à ne pas être désorientés restent l’intelligence, l’esprit, l’humour, le raffinement, la beauté.

Toutes les qualités de Timbuktu.

L’Agriculture sénégalaise

L’Agriculture sénégalaise

L’agriculture sénégalaise est essentiellement pluviale et saisonnière. Elle repose à la fois sur des cultures de rente (arachide coton) et sur des cultures vivrières de subsistance (mil, sorgho, maïs). Le riz, culture traditionnelle en Casamance, se développe fortement dans la vallée du fleuve Sénégal.

Les secteurs de l’agriculture et de la pêche sont des secteurs économiques importants ; ils contribuent à 16 % du PIB et occupent 50 % environ de la population sénégalaise.

L’agriculture sénégalaise a connu des changements importants durant ces cinquante dernières années. D’une agriculture à l’origine vivrière et familiale, elle a été fortement orientée sur les cultures de rente (arachide et coton). La filière arachide, longtemps le moteur de l’économie sénégalaise, traverse une crise importante. La production augmente, en revanche, dans les filières céréales (l’arachide, le niébé, le mil, le riz et le maïs), fruits et légumes, et manioc, répondant à la demande locale croissante. Avec le développement de l’irrigation, notamment dans la vallée du Fleuve Sénégal, les performances de la filière riz se sont améliorées. La production de mil, culture pluviale traditionnelle qui avait fortement régressé, est également en hausse dans un objectif d’autoconsommation et de commercialisation.

Dans la grande majorité, les producteurs agricoles sont de petits exploitants qui cultivent la terre sur des régimes fonciers traditionnels et pratiquent des assolements traditionnels. La plupart d’entre eux combinent cultures de rente (arachide coton) et cultures vivrières de subsistance (mil, sorgho, maïs), tout en possédant quelques animaux, en élevage extensif. 

Les structures d’exploitation horticoles sont caractérisées par la prédominance des vergers et jardins de case et des exploitations privées. Les volumes de production, en forte croissance depuis 15 ans, l’horticulture sénégalaise atteint 435 000 Tonnes lors de la Campagne 2022-2023.