Le Poulet Yassa

Le Poulet Yassa

Le yassa de poulet

est un plat d’origine sénégalaise, précisément de la région Casamance, connue par “Kasa”, qui est une région historique située au Sud Ouest du sénégal.

Le Yassa est en fait le nom de la sauce qui accompagne l’ingrédient principal : le poulet.

Le yassa se prépare à la façon traditionnelle en coupant le poulet en morceaux, après avoir être mariné durant une nuit entière, avec du jus de plusieurs citrons et des oignons accompagnés d’huile d’arachide et le vinaigre,  puis fumé au feu de bois et enfin mijoté lentement dans sa marinade, en ajoutant le riz blanc. Le yassa peut également être cuisiné avec du poisson ou du mouton.

Les ingrédients

pour 4 personnes  

  • 1 poulet
  • 1 kg de riz
  • 2 carottes
  • 1 kg d’oignons
  • 500 g de citrons vert
  • 2 bouillons cubes
  • Poivre, sel, vinaigre
  • 1 tête d’ail
  • 2 CàS de moutarde, 
  • Huile

Préparation

  • Dans une marmite, versez un litre d’eau et une cuillère à soupe de sel.
  • Coupez les carottes en petits dés et plongez les dans l’eau.
  • Mettez la marmite sur le feu avec un couvercle.
  • Lavez votre riz et disposez-le sur une grande passoire.
  • Une fois le riz égoutté, disposez cette passoire (avec le riz dedans) sur la marmite a la place du couvercle et le couvercle sur le riz ainsi pendant une quinzaine de minutes.
  • Coupez le poulet en morceaux.
  • Les 15 min passées, mettez le riz dans la marmite et mélangez le tout.
  • Couvrez avec le couvercle.
  • Coupez les oignons finement. 
  • Au bout d’une vingtaine de minutes, mélangez le contenu de la marmite en ajoutant un verre d’eau.
  • Mélangez l’ail, une cuillère à soupe de poivre et 3/4 de bouillon cube et pilez le tout afin d’en faire une sorte de farce.
  • Après une quarantaine de min, retirez la marmite du feu et mettez son contenu dans un plat que vous couvrez.
  • Lavez la marmite, elle vous resservira sous peu.
  • Dans chaque morceau de poulet, faites un trou pour y introduire un peu de farce.
  • Saupoudrez le poulet avec une moitié de bouillon cube et du poivre.
  • Mélangez avec la main et ajoutez une cuillère à soupe de vinaigre.
  • Dans la marmite que vous avez lavée, versez 4 louches d’huile pour faire frire les morceaux de poulet.
  • Mettez l’huile sur le feu.
  • Une dizaine de min plus tard, intégrez quelques morceaux de poulet de manière à frire chaque face alternativement pendant une quinzaine de min.
  • Les morceaux doivent être bien grillés. 
  • Mélangez une cuillère à café de poivre, le reste de bouillon cube, le reste de farce, la moutarde, 2 cuillères à soupe de vinaigre et les oignons. 
  • Retirez les derniers morceaux de poulet puis diminuez l’huile de moitié. 
  • Dans ce qu’il reste d’huile mettez la marinade d’oignons et laissez mijoter une demi-heure en remuant et en ajoutant de temps en temps un peu d’eau.
  • Ajoutez aussi du sel, le jus des deux citrons et 2 cuillères à soupe de vinaigre. 
  • Pendant ce temps passez au four vos morceaux de poulet pendant 20 à 30 minutes.
  • Étalez votre riz dans un grand plat, déposez-y vos morceaux de poulet grilles et enfin, mettez dessus les oignons.
Le “Blues”, ses origines

Le “Blues”, ses origines

Le fleuve Sénégal qui charrie ses eaux et inonde toute la terre a en effet participé à la naissance aux Etats-Unis d’Amérique, du Blues.

C‘est du fond de son de son cœur et de ses entrailles qu’un désespoir s’est installé, après que les fils d’Afrique pour longue période, ont été déportés, vendus, exploités, humiliés et torturés.

Le cours d ‘eau le plus célèbre de notre région, le fleuve Sénégal, a participé sans le vouloir à cette besogne avilissante en jouant un rôle très déterminant dans cet état de fait.

L’acheminement de tous les esclaves en direction de Gorée passait par le fleuve. Après quoi, les destinations se faisaient au gré du négrier : les Antilles, les Caraïbes, les Etats-Unis d’Amérique, le Brésil et j’en passe.

Les bateaux à voiles, ces fameux salants, sans relâche, fendaient la chair humide des flots pour conduire les marchands de la honte vers les endroits les plus reculés pour un commerce sordide : « La traite des noirs ».

Des années durant l’Afrique a assisté, d’une manière impuissante, à la vente de ses fils qui ont atterri, dans la plus grande majorité au pays de l’oncle Sam. C’est dans ce déchirement profond que l’immigration est devenue un phénomène par le biais du fleuve.

Dans ce tumulte de désolation et de misère impitoyable les premiers soupirs de nos ancêtres se sont fait entendre sur les rives du Mississipi.

C’est de cette façon qu’est né le blues.

Au même titre que la Soul music, les blues sont elles aussi d’origine africaine parce que transportées par les noirs qui sont tous venus du vieux continent.

L’eau du Mississipi, en irrigant les milliers d’hectares destinés à la culture du café, du vin, de la banane et du coton, a donné aux noirs l’occasion de se souvenir de leurs origines communes qu’ils ont toujours gardées en mémoire : l’Afrique.

En raison de sa vocation agricole, le Sud-américain, grâce à ce peuple courageux, est devenu prospère. Ces milliers de bras d’hommes et de femmes qui courbent l ‘échine sous le soleil accablant d’Amérique, ont donné à William Christopher Handy, Chuck Berry, Charley Patton, une raison de chanter les blues. C’est dans ces conditions que les blues sont unanimement reconnus comme ayant des origines purement africaines.

La Kora

La Kora

La Kora

Instrument sacré « qui fait parler les morts, éloigne les dangers, donne du courage et porte conseil » la kora a toujours été considérée comme une sorte de divinité « mâle et femelle à la fois ».

Tel un énorme ventre, la ronde calebasse de la kora, tendue d’une peau de bête, fait face au musicien.

Tandis que ses vingt et une cordes sont pincées avec le pouce et l’index. :

  • sept cordes pour le passé,
  • sept cordes pour le présent,
  • sept cordes pour le futur

Les arpèges cristallins de cette harpe de l’Afrique ancienne accompagnaient autrefois les rois, les nobles et les princes.

Ils épousaient le chant des griots, qui récitaient la généalogie des familles et déclamaient les épopées. Aujourd’hui, encore, aucun baptême, aucun mariage ne saurait avoir lieu sans ses cascades de notes.

Toumani Diabaté, grand maître de la kora

La kora est constituée d’une grosse demi-calebasse de 40 à 60 cm de diamètre, évidée et percée d’un trou de 10 cm de diamètre et décorée plus ou moins richement. Elle est recouverte d’une peau de vache, de bœuf, de cerf ou de daim, parcheminée tendue mouillée, qui sert de table d’harmonie et dont dépend l’ampleur du son.

Le manche long d’environ 1 m 20 à 1 m 40 assure la liaison entre les principaux éléments vibrants de la kora (cordes et calebasse) et est fait traditionnellement d’une longue pièce de bois de vène appelée guénou ou guéni (palissandre du Sénégal).

Les cordes de la kora (à l’origine en fibres d’écorces de baobabs) reposent sur un grand chevalet en bois, maintenu sur la peau par la seule pression des cordes dont le nombre est généralement de 21. Cependant, on rencontre parfois des koras équipées de 22 à 28 cordes, notamment en Casamance au Sénégal, et il existe même un modèle spécial de 32 cordes.

On en joue debout ou assis, l’instrument devant soi, le manche bien en face, à hauteur des yeux, et le son est ainsi magique !

Des notes cristallines sculptent le silence.

La musique s’élève, limpide, envoûtante.

Drapé dans un grand boubou scintillant

sous la lumière, devant un public captivé,

Toumani Diabaté

Artiste malien parmi les plus connus au monde, il est l’un des maîtres absolus de la kora, la harpe-luth des griots d’Afrique de l’Ouest, caste des musiciens, chanteurs et passeurs de mémoire à laquelle il appartient.

La Légende 

La légende rapporte que les premières koras étaient jouées par des djinns (esprits surnaturels).

Un jour, le grand roi Soundiata se promenait le long d’un fleuve en compagnie de son ami Balafacé-Kouyaté lorsqu’il entendit pour la première fois cet instrument.

Il s’aventura dans les eaux du fleuve et l’arracha des mains du Génie musicien.

Une fois revenu sur la berge, Soundiata fit résonner la kora puis, ravi, la tendit à son ami qui en joua à son tour.

“C’est encore plus agréable de l’entendre que d’en jouer”, s’exclama Soundiata. Dorénavant tu joueras pour moi.”

C’est ainsi que Balafacé-Kouyaté devint l’ancêtre des griots, poètes, historiens et conteurs qui firent entendre la kora à la cour des empereurs mandingues et transmirent jusqu’à ce jour la mémoire, les batailles et les rêves de leur peuple.

Grand Chambardement

dans l’univers des musiques ouest-africaine !

La kora, l’instrument fétiche des griots, se pare d’une pédale wah-wah pour aller vers des distorsions électriques à la manière de Jimi Hendrix.

Sondiata Keita, le fondateur du puissant empire mandingue (XIIIe et XIVe siècle) doit s’en retourner dans sa tombe.

Car l’instrument, par un simple procédé électrique, de jeunes musiciens ont transformé le son et l’emportent désormais sur les koristes traditionnels !

Ces nouveaux surdoués sont :

  • Ba Cissoko,
  • Ali Boulo,
  • Santo,
  • Djeli Moussa,
  • Toumani Diabaté

Le Bou El Mogdad

Le Bou El Mogdad

L’histoire du Bou, pleine de rebondissements, en fait un navire au destin particulier.

D’abord construit en Hollande pour les « messageries du Sénégal», le Bou El Mogdad assurait, de 1950 à 1970, le transport de marchandises et de personnes entre Saint-Louis et le nord du pays dans la région du fleuve. Cela incluait des transferts via Richard Toll, Rosso, ville frontalière entre la Mauritanie et le Sénégal, Podor, Kaedi, Matam, Bakel, jusqu’à Kayes au Mali.

Caractéristiques

  • 52 mètres de long et 10 mètres de large
  • Coque en acier riveté
  • 2,5 mètres de tirant d’eau
  • 2 moteurs 200 CV Sulzer tournant à 300 t/mn
  • 3 groupes électrogènes
  • 1 barge pouvant accueillir jusqu’à 80 passagers

Baba Sarr attendait ce moment depuis des années.

 

Lorsqu’il a appris le retour du Bou-el-Mogdad sur le fleuve Sénégal, il n’a pas hésité à quitter de nouveau son village et ses neuf enfants pour rejoindre l’équipage du bateau, qui assure la liaison entre Saint-Louis et Podor.

A 74 ans, Baba Sarr a effectué pratiquement tous les voyages de cet ancien navire fleuron des Messageries du Sénégal, mis en service en 1954 pour le transport des passagers et des marchandises et parti jouer les navires de croisière sur d’autres eaux dans les années 1980, en Guinée-Bissau, en Sierra Leone et dans la région sénégalaise du Sine Saloum.

Boubou en coton et chapeau tonkinois vissé sur la tête, Baba tient fièrement la barre au côté du commandant Bakaly Kébé : “C’est mon fleuve, j’y suis né. Il n’y a pas un endroit où je ne me sois pas arrêté, tout le monde me connaît sur les rives.” A chacune des escales sur la route des anciens comptoirs, il retrouve l’effervescence colorée des arrivées à quai dans la clameur des cris d’enfants. 

Le retour du bateau sur les eaux du Sénégal a mobilisé les foules avec la réouverture du pont Faidherbe, cette sorte de tour Eiffel couchée édifiée en 1897 qui relie l’île de Saint-Louis au quartier de Sor et dont la travée tournante était restée immobile pendant près de vingt ans. 

“Le Bou-el-Mogdad pourrait à nouveau servir de lien entre les populations des villages, en assurant comme avant la distribution du courrier, surtout en période d’hivernage, où les routes sont impraticables”, plaide le Saint-Louisien Jean Jacques Bancal, à l’origine, avec d’autres amoureux du fleuve, de la réhabilitation du bateau.

Modifié par de nombreux barrages destinés à endiguer la remontée du sel dans le delta, le Sénégal n’est plus ce fleuve emprunté par “de longues pirogues à éperons, à museau de poisson et à tournure de requin”, décrit dans Le Roman d’un spahi que Pierre Loti rédigea en 1881 quelques années après un séjour à Saint-Louis. 

Le Bou-el-Mogdad est aujourd’hui la seule embarcation de taille à desservir cette portion du plus grand cours d’eau du pays, qui prend sa source dans le Fouta-Djalon, en Guinée. D’où un sentiment d’immensité et de temps suspendu sur ces eaux qui bordent le désert mauritanien, avant de rejoindre l’Atlantique.

C’est sur ce cordon de sable, qui s’étire entre fleuve et océan sur une vingtaine de kilomètres, que se trouve le quartier Guet N’dar, l’un des plus pittoresques de Saint-Louis. Une fois passées les ruelles, où vélomoteurs et carrioles à cheval tentent de se frayer un chemin au milieu des chèvres et des parties de foot improvisées, l’arrivée sur la plage offre un spectacle saisissant. Dans une atmosphère saturée par les odeurs âpres et les fumées troubles de chaudrons bouillonnants, les femmes font sécher au soleil les quelque 30 000 tonnes de poissons ramenés chaque année par les pêcheurs et expédiés une fois transformés vers Dakar.

Une belle histoire d’amour avec ce pays d’accueil, contée par des hommes de cœur, Richard Bohringer et Jean Jacques Bancal.

Ailleurs, le temps semble figé à Saint-Louis, ancienne capitale de l’Afrique occidentale française, où subsistent des témoignages des heures sombres de l’esclavage. Les façades rongées par le sel rappellent le passé colonial, comme l’ancienne demeure des sœurs de Cluny, rue Blaise-Dumont, et son escalier à double révolution, qui servit de décor au film Coup de torchon de Bertrand Tavernier ou encore l’Hôtel de la Poste, escale favorite de l’aviateur Mermoz aux grandes heures de l’Aéropostale. Même si Saint-Louis est inscrite depuis six ans au Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco, sa rénovation peine à démarrer.

Plus haut sur le fleuve, le périple se poursuit vers les villages wolofs de Dagana et de Richard Toll, d’anciens comptoirs jadis réputés pour le commerce de la gomme arabique convoyée en caravane à travers le désert de Mauritanie. 

Richard Toll (le jardin de Richard, en wolof) tient son nom d’un fonctionnaire français qui tenta quelques expériences agricoles auprès du baron Roger, gouverneur civil de 1822 à 1827. 

Avec ses colonnades néoclassiques envahies par les mauvaises herbes et sa façade décrépite, la folie édifiée par le baron a le charme de ces vieilles bâtisses léchées par les vents qui tentent péniblement de résister aux années.

Le silence des lieux contraste avec l’animation de cette bourgade industrieuse de 60 000 habitants, dont près du quart travaillent pour la Compagnie sucrière sénégalaise.

Il faut se promener dans les quelque 8 000 hectares de la plantation sucrière pour assister au brûlage des cannes dans des vapeurs sucrées. Un parfum caramélisé qui reste en mémoire jusqu’à l’arrivée à Podor, où le fort de terre ocre joue les citadelles fantômes aux marges sahéliennes du fleuve.

Pendant toutes les années 50, le Bou el Mogdad est l’un des seuls moyens de communication entre Saint-Louis et les populations reculées du nord du pays, pour lesquelles ses allers-retours sont vitaux.

A la fin des années 60, le réseau routier progresse, les villages deviennent plus accessibles, le bateau moins utile, et le voilà qui commence tristement à rouiller à quai.  Pas pour longtemps.

En 1972, Georges Console le rachète, pour assurer le transport de fret dans un premier temps, puis de touristes vers 1978, dès l’avènement des voyages de loisirs.

Bien sûr, les populations locales, et notamment les élèves du lycée Faidherbe, continuent de l’emprunter régulièrement. Avec ce personnage haut en couleur pour propriétaire, le bateau forge sa légende : il connaît des heures de gloire avec la distribution d’aide alimentaire pendant les grandes sécheresses, transporte des médicaments, des lunettes, mais manque aussi de couler en Guinée-Bissau, et sera entièrement pillé en Sierra Leone…

Bref, après avoir transporté des milliers de passagers, Georges Console consent, en juillet 2005, à vendre son bien le plus précieux à Jean-Jacques Bancal, Saint-Louisien français et sénégalais, connu de tous dans la région, et à ses associés.

Trois mois de carénage à Dakar et le voilà qui revient au berceau, le 16 octobre 2005, devant toute la population de Saint-Louis massée sur ses quais. Ce jour-là, le pont Faidherbe – symbole de la ville –, fermé depuis plus de vingt ans, a pivoté lentement afin de laisser passer Sa Majesté le Bou. Les deux puissants coups de sirène retentirent : tout était rentré dans l’ordre.

Teuf, teuf, teuf, teuf, teuf…

Voilà Richard-Toll, la ville de la canne à sucre, qui doit son nom à un horticulteur français.

De novembre à juin, les champs environnants sont volontairement brûlés avant la coupe, provoquant de spectaculaires embrasements.

Puis Dagana, ancienne ville-frontière du royaume wolof, qui vivait du commerce de la gomme arabique, assoupie le long de ses quais plantés de très vieux fromagers. Dans le quartier de l’Escale, les femmes lavent le linge à même le fleuve au pied des escaliers, les enfants jouent dans le sable à leurs côtés, un vieil homme pêche de petits poissons à l’épervier… 

Enfin Podor et ses belles maisons de commerce du XIXe siècles alignés le long du fleuve, magasin au rez-de-chaussée, logement à l’étage, certaines retapées avec goût. Les vestiges d’un fort alimentent les souvenirs d’une époque lointaine où officiers français, tirailleurs sénégalais et populations locales partageaient la même vie simple de ces anciens comptoirs perdus à l’intérieur des terres d’Afrique.

Nous sommes au terme de notre navigation de 215 kilomètres. Magnifique navigation sur le fleuve Sénégal.

Teuf, teuf, teuf, teuf, teuf… 

Un léger panache noir sort de l’imposante cheminée vermillon du vieux navire, vite évaporé dans un ciel céruléen parfaitement serein.  Comme chaque dimanche, le Bou el Mogdad a quitté le quai Roume de Saint-Louis vers 6 heures du matin, ses maisons basses et de couleur ocre dévorées de bougainvilliers, ses trottoirs incrustés de coquillages blancs et ses rues tracées au cordeau, où se faufilent encore les fantômes de Loti, Mermoz, et des belles signares. Bateau mythique des Saint-Louisiens, leur enfant chéri, silhouette familière et vieille dame respectée qui, dès 1951, assurait le trafic de marchandises, de courrier et de passagers de Saint-Louis à Kayes, au Mali, pour le compte des Messageries du Sénégal.

A lui, la charge d’assurer une navigation fine dans les innombrables boucles de ce fleuve de 1 700 kilomètres de long, qui prend naissance dans le Fouta-Djalon en Guinée, de déjouer les pièges de l’étiage (niveau le plus bas), des courants et des bancs de sable.

A aucun moment, nous ne croiserons une autre embarcation de taille, tout juste ces « longues pirogues à éperon, à museau de poisson et à tournure de requin», déjà observées par Pierre Loti. Aussi, à maintes reprises, le Bou à l’escale s’ancrera au beau milieu du fleuve, dans le lit du courant, sans jamais se soucier de gêner : nul autre navire ne circule sur ses eaux vertes.

Passé le barrage de Diama, à 20 kilomètres au nord de la ville, le fleuve suit paresseusement son cours jusqu’à l’embouchure du Djoudj, une rivière qui constitue le premier point d’eau douce rencontré par les oiseaux après la longue traversée du Sahara. 

Troisième réserve ornithologique au monde classée au Patrimoine mondial de l’Unesco en 1980, le parc national du Djoudj accueille plus de trois millions d’oiseaux venus hiverner entre novembre et avril. Il faut approcher les marécages en pirogue aux premières lueurs de l’aube, lorsque le ciel mauve caresse les étendues de joncs, pour observer à loisir la chorégraphie des ibis noirs, hérons cendrés, cigognes, oies de Gambie, aigles pêcheurs et autres canards siffleurs.  On a recensé 365 espèces dans la cuvette du Djoudj.

Au loin, on aperçoit les potamochères détaler derrière les mangroves, tandis que les frêles jacanas glissent gracieusement sur les nénuphars et la salade d’eau. 

La vision la plus étourdissante est celle des colonies de pélicans qui forment une marée blanche et orange à perte de vue.

L’Île à Morphil

L’Île à Morphil

Podor est aux portes de l’Ile à Morphil.

L’ïle à Morphil est une grande bande de terre plus ou moins marécageuse, enfermée entre le fleuve Sénégal au nord et le marigot du Doué au sud, qui conserve des villages typiques. 

Leurs mosquées anciennes, construction en terre centenaires, sont le témoignage de l’empire Toucouleur constitué par El Hadj Omar Tall, natif d’Alwar.

Morphil signifie : défense d’éléphant. Autrefois, il y avait des éléphants dans la région et, sur l’île, un cimetière d’éléphants. D’où le nom qui lui a été donné.

 Légende 
 36 – Podor, le fort                                                  37 – Podor, les Quais               38 – Île à Morphil,  la mosquée de Donaye
 39 – Île à Morphil, la Mosquée de Guédé        40 – Île à Morphil, Maison natale  d’El Hadj Omar Tall
 41 – Île à Morphil, la Mosquée d’Alwar            42 – Île à Morphil, la Mosquée de Mboyo
 43 – Médina Ouro-Mahdyou, le Mausolée

Cette région est encore très authentique avec son habitat en banco et ses traditions fortement ancrées. Elle est parsemée de vestiges d’une histoire mouvementée au cours de laquelle Islam et colonisation se sont confrontés.

Un parcours thématique permet de découvrir les vestiges de ce passé toujours bien conservé par la tradition orale, un art de vivre et un artisanat encore très marqué par les coutumes.

Un fort, une escale

  • Dès  1744,  les français  occupent le  site de Podor avec  la  construction  d’un  premier fort  par le gouverneur de  la concession du Sénégal, Pierre Barthélémy David, au profit de la Compagnie des Indes.
  • 1758-1783 : occupation du site par les anglais, puis abandon du fort tombé en désuétude suite à la décadence du commerce.
  • 1853-1854 : expédition militaire dans le Fouta pendant laquelle Podor est prise d’assaut.
  • en mars 1854 le drapeau français flotte sur les ruines de l’ancien fort.
  • Du 27 mars au 1er mai, le capitaine de génie Faidherbe restaure l’enceinte et l’équipe de baraquements provisoires en attendant la construction des bâtiments intérieurs vers 1860. Devenu général, Faidherbe, promu par deux fois gouverneur du Sénégal, laissera une profonde empreinte encore reconnue aujourd’hui.

Ce Fort assurait la mainmise militaire et administrative des français sur le Fouta.

Il permit aussi aux commerçants St-Louisiens et aux négociants européens de développer l’Escale, au sud du Fort. En bordure du fleuve, c’était un alignement de maisons aux murs ocres, faisant face à la Mauritanie et ouvertes à l’arrière sur la rue commerçante. Aujourd’hui, le long des quais empierrés, à l’ombre des cailcédrats centenaires, ce quartier original et majestueux témoigne de l’importance exceptionnelle du commerce traditionnel de mil, gomme arabique, ambre, venus de Mauritanie par caravanes.

Les produits étaient ensuite chargés sur les bateaux qui redescendaient le fleuve jusqu’à St-Louis, d’où l’expression « Podor entre caravelles et caravanes ».

Mémoire et Traditions Tioubalo 

A cinq kilomètres environ de la ville de Podor, face à la Mauritanie, Ngawlé est un village musée construit en banco. Site ombragé au bord du fleuve Sénégal, Ngawlé garde encore ses traditions et préserve les valeurs authentiques du peuple Toucouleur.

A coté de revenus agricoles, les habitants ont su conserver des techniques de pêches ancestrales et une organisation sociale particulière, où le pouvoir de décision relève d’un conseil de sages dirigé par le chef de village.

Les habitants sont avant tout des pêcheurs, « Tioubalo » en langue halpulaar. L’eau et la terre sont liées à l’origine du village et à la personnalité de son fondateur : le célèbre pêcheur Moussa Boukari Sarr. Les exploits de ce dernier et ceux de sa fille, la mystérieuse Penda Sarr, sont l’objet de récits oraux qui mettent en exergue une connaissance mystique des « génies » du fleuve, incarnés en caïmans, lamentins ou hippopotames.

La fête du « pekan » demeure l’une des spécialités du village de Ngawlé. Pékan signifie littéralement « montre ce dont tu es capable ». Il s’agit de chants poétiques déclamés par des initiés ayant une connaissance ésotérique avérée de la nature et des secrets du fleuve. . Ces soirées sont l’occasion de confrontations de savoir entre plusieurs familles. Elles s’organisent sur la place du village en période faste, généralement à la fin des récoltes.

Artisanat et Société Traditionnelle 

La société halpulaar est basée sur une hiérarchie très marquée, présentée comme un ordre naturel.

La population se divise en deux grands groupes :

  • les « Rimbés » ou nobles
  • et les « Rimbaybés » ou non-nobles c’est à dire les castes. Subsistent également encore les « Matioubés », attachés au service des familles d’anciens maîtres.

Comme dans plusieurs sociétés traditionnelles, la caste renvoie à un métier et à des pratiques. Elle explique souvent le comportement et les aspirations de l’individu et détermine les rapports entre les différentes strates de la société. Ces liens sont relativisés dans les villes mais demeurent encore vivaces dans les campagnes où artisans et griots sont les garants de la tradition.

Dans la région de Podor, l’artisanat très présent produit des objets traditionnels avec un outillage rudimentaire compensé par des savoirs-faire transmis de génération en génération.

  • Les cordonniers fabriquent babouches, nu-pieds, bottes, étuis de couteaux, frondes, … à partir des peaux tannées et parfois teintées.
  • Les tisserands utilisent un métier à tisser en bois appelé     « maaba » et des fils de toutes les couleurs pour réaliser des bandes de tissus aux motifs anciens ou d’inspiration propre. Ces bandes sont ensuite vendues aux teinturières et aux couturières qui les assemblent pour confectionner des habits de fête.
  • Les teinturières recouraient autrefois à l’emploi de plantes: indogotier, noix de cola, écorces d’acacia séal, graines d’arachide, pour colorer les tissus. De plus en lus souvent, elles utilisent des couleurs synthétiques aux teintes plus variées. Elles achètent également des tissus blancs à Dakar ou en Mauritanie voisine, et pratiquent la sérigraphie, le batik d’art, le tampon en guise de décoration. L’originalité et la qualité du travail différencient les groupements.
  • Les potières se servent de la terre pour produire des canaris, des pots et des encensoirs. Le mode de fabrication est dit « au colombin », sans moulage préalable du fond. La décoration est propre à chaque famille.

A Ndiayène Pendao, village situé entre les dunes à quelques kilomètres de Taredji, les femmes proposent des nattes de roseau qu’elles ont ingénieusement tressées avec des fines lanières en cuir selon la coutume maure.

Des Mosquées Omariennes et une Histoire mouvementée 

Le Fouta a été le théâtre de la résistance des Toucouleur à la colonisation et certains villages sont célèbres, soit par des faits historiques qui s’y sont déroulés, soit par des chefs locaux qui y ont vécu et qui se sont illustrés dans la contestation.

Un des plus célèbres résistants fut El Hadj Omar Tall. Il se lance dès 1854 dans une longue guerre contre le colonisateur français. Il crée l’empire Toucouleur et installe son fils Ahmadou en 1859 sur le trône de Ségou. Natif d’Alwar en 1794, il meurt en 1864, on peut y voir sa maison natale et la chambre de retraite spirituelle où il s’isola avant d ‘appeler à la conquête. 

Cheikh Amadou né Amadou Mahdyou Bâ, dont le diminutif est « Mahdi », fut un réformateur religieux, contemporain d’El Hadj Omar. Il se sentit investi de la mission de combattre « les hypocrites qui collaborent avec les français ». Il créa le village d’Ouro Mahdyou.

Dès le début du XIXème siècle. Les Toucouleur s’opposèrent aux convois français sur le fleuve et leur hostilité retarda la colonisation. A partir de 1852, les habitants de Dimat, un des villages les plus anciens du Fouta, résistèrent aux troupes de Faidherbe. Au cours d’une de ces batailles, les Toucouleur s’emparèrent de quelques canons qu’ils enterrèrent dans le cimetière. Il en reste encore un sur la tombe de l’Almami Emimane Seydou Kane, fondateur du village. Plus anciennement, au XVème siècle, Guédé, du fait de sa position stratégique, était la capitale du Toro où l’on couronnait les rois Lam Toro. 

Au cœur des villages en terre de l’île à Morphil, les ruelles étroites s’entrelacent jusqu’à la mosquée omarienne construite en brique de terre séchée et recouverte d’un crépi de même matériau, en parfaite harmonie avec l’architecture locale. Le plan d’une mosquée omarienne est celui d’un bâtiment rectangulaire dont les angles et quelques fois le milieu des façades sont constitués de contreforts massifs dépassant en hauteur le toit en terrasse et rappelant la forme en obus du style soudannais. Le minaret, également en brique, surmonte le toit. Ces édifices plus que centenaire, d’entretien difficile, ont été détruits pour la plupart. Heureusement quelques-uns ont résisté aux aléas du temps.

  • La mosquée d’Alwar est considérée comme la plus ancienne du Fouta. Elle fut construite vers la 2ème moitié du XVIIIème siècle. C’est là où venait prier El Hadj Omar Tall, natif des lieux.
  • La mosquée de Donaye, la plus grande de toutes, fut édifiée vers 1870 par les Toucouleur revenus au pays après la chute de leur empire.
  • La mosquée de Guédé, plus rafinée, présente des tourelles d’angle au sommet conique et des linteaux de porte décorés de dessins géométriques.
  • La mosquée de Mboyo est également d’une architecture apprentée à celles des mosquées de la boucle du Niger.
  • Plus loin, à Wouro Mahdihou, Amadou Maydyou Bâ repose dans un mausolée d’inspration marocaine.

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